Séminaires 2008-09

Séminaires de lecture de textes psychanalytiques
Lyon

Au jeu du désir. Essais cliniques
, Françoise Dolto, Seuil, 1981
Horaire : mercredi de 9h15 à 12h15
Dates : 08 octobre, 26 novembre 2008, 14 janvier, 11 mars, 22 avril et 10 juin 2009
Lieu : Dans les locaux de l’Agora Tête d’Or, 93, rue Tête d’Or - 69006 Lyon
Participation : 72 € pour l’année. Formation permanente : 120 €

Les personnes nouvelles qui désirent s’inscrire me rencontrent.

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L’avenir d’une illusion, (1927), Sigmund Freud, PUF, 2004
Horaire : jeudi de 14h30 à 16h30
Dates : 02 octobre, 06 novembre, 04 décembre 2008, 08 janvier, 05 février, 05 mars, 02 avril, 07 mai, 04 juin 2009
Lieu : 3, rue Hippolyte Flandrin - 69001 Lyon
Participation : 69 € pour l’année. Formation permanente : 120 €

Les personnes nouvelles qui désirent s’inscrire me rencontrent.

Pour tous renseignements :
Joël Clerget Tél. 04 78 39 81 98

Contact : joel.clerget@free.fr

Conférence Dolto 6 novembre 08

Pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de

Françoise Dolto (6 novembre 1908 – 25 août 1988)

Conférence
de
Joël Clerget
Psychanalyste

Membre affilié de la Société de Psychanalyse Freudienne

Corps, image et contact

Jeudi 6 novembre 2008, 20 Heures

Dans les locaux de l’Agora Tête d’Or,
93, rue Tête d’Or - 69006 Lyon

Ces trois mots de corps, image et contact, disent l’alliance et la génération. Boris Dolto institua une école de kinésithérapie et publia Le corps entre les mains. Françoise promut le concept d’image inconsciente du corps. Catherine leur fille s’inscrit dans une pratique du contact : l’haptonomie.

Participation libre

Pour tous renseignements :
Joël Clerget Tél. 04 78 39 81 98
e-mail : joel.clerget@free.fr

Feu la famille

Colloque FNEPE
Metz, jeudi 27 mars 2008

Feu la famille

Joël Clerget
Psychanalyste, auteur, Lyon

Les diverses formes de la vie familiale nous conduisent à reconsidérer et à ré-inventer constamment ce que nous mettons sous le terme de famille. Comment, en effet, garder référence à des relations de génération, assurant à un enfant de la Cité, une filiation dans une nomination, une place dans un arbre généalogique singulier, le sien ? Comment vivre avec les mots de papa et de maman, de mère et de père, compte tenu des aléas de la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui ?

La famille, si toutefois nous en conservons le terme, est un espace de résidence. On dit : dans ma famille. Elle est aussi le temps-lieu de la parenté. C’est là que je vis avec celle ou avec celui que je nomme mon parent : mère, père, papa, maman. Elle est ce lieu où je rencontre, uni ou séparé de l’autre, l’un parent ou les deux. Elle est cet espace où, bébé, j’ai relation avec mon grand proche. Sylviane Giampino désigne ainsi la personne qui assure au petit d’homme une fonction de proche et occupe auprès de lui une place d’adulte tutélaire. Le grand proche, avec qui je grandis, est cette figure de l’Autre nécessaire à toute vie humaine, quels que soient, par ailleurs, les aléas de l’organisation de la vie en famille ou en société.
Quelle famille aujourd’hui ? Celle d’hier est-elle morte ? D’où le titre : feu la famille ou la feue famille. Il convient, en déconstruisant le terme de famille dans sa réalité historique, de s’interroger sur ce qui vaut famille de nos jours. Et surtout, à quelle structure symbolique un sujet humain ne peut échapper pour naître, vivre et grandir, non seulement comme enfant de ses parents, mais aussi comme fils de la Cité, comme fils de la Parole. Le terme flou de parentalité me paraît édulcorer la réalité. Je lui préfère résolument le terme de parent, les mots de maman et de papa, ceux de père et de mère. Un père, une mère, valides pour un enfant donné, ne forment pas toujours une famille au sens d’un assemblage réel, mais ils peuvent, en leur exercice effectif de référence, valoir pour un enfant dans sa vie imaginaire et symbolique. Il convient, par-delà les aléas de la vie réelle, qu’un enfant se conçoive comme né d’un homme et d’une femme – quels que soient les avatars de leur coïtération ou les recours à l’Assistance Médicale à la Procréation, dans l’adoption légale ou s’il vit dans un couple d’homosexuels également. Il importe qu’il symbolise sa venue au monde comme étant lui-même issu de deux lignées. Né d’une mère et d’un père – pas toujours là ensemble. Issu également d’une scène dite primitive, pour ce qui relève du fantasme. Car, s’il y a naissance d’un enfant, il y eut préalablement une conception et une grossesse. À ce jour, je ne sais pour combien de temps encore, nous avons tous été portés dans le ventre d’une femme qui, de ce fait, reste à vie notre génitrice. Cette femme peut, si elle le désire, et nous avec elle, non sans père, devenir notre maman, notre mère. Pour que notre mère de naissance devienne notre maman, une adoption est de rigueur, une adoption de la loi et du cœur, selon les cas. Une adoption de cœur toujours, qui n’est pas sans référence à un père, qu’il soit ou non le géniteur de l’enfant concerné.
Un parent est une personne, père et mère, qui donne à son enfant les moyens symboliques de vivre et de faire avec la vie et avec les autres.
Plus que des formes de la famille – nucléaire, monoparentale, homoparentale, polynucléaire… que sais-je encore, nous avons à veiller à ce qu’un enfant reçoive d’autres humains, ses parents bien sûr en premier chef, mais aussi d’autres, professionnels aussi bien, de quoi vivre en sujet du désir et de la parole. Nous avons à travailler à ce qu’il reçoive des mots de vérité donnés à sa réalité de vie, telle qu’elle se présente, heureuse ou douloureuse, réjouie ou cruelle. Car dans la vie, si belle à vivre, nous traversons tous de cruels moments.
Cette inscription à une place s’accomplit dans la nomination qui donne corps et vie à la vie nue qui vagit dans le cri d’un nouveau-né. Ainsi, un petit d’homme, quelles que soient les formes de sa réalité familiale de vie, est un être incarné, généré, filié et nommé, mortel aussi. Nous l’accueillons dans cette adoption qui fait de lui un autre en humanité et lui révèle, dans et par l’appel de son nom, son prénom pour un petit, son visage d’humain, ce visage à nul autre pareil qui fait de lui un membre de l’humanité Une. Nous la partageons avec lui comme l’eau et le pain font vivre notre corps de chair. La singularité de son visage inimitable vibre de ce qu’il est aussi multiple en figures qu’il y a d’humains.

Sur ces questions, la psychanalyse occupe une place paradoxale. Le psychanalyste est souvent requis, par les médias entre autres, pour donner son avis, émettre une opinion, cautionner une manière de voir et de faire. Il prend alors une position morale, fondée sur le bon sens le plus éculé. Il décrète ce qui est bien ou mal. Bref, il se porte garant de la bonne morale avec son discours normatif fait d’un Œdipe réduit à des jeux de rôle de papa et de maman, et à des jeux de panpan cucu. Il oublie la clinique de chaque jour où un sujet humain, quel que soit son âge, tente de faire entendre son désir et de venir à dire Je, aux fins de ne pas devenir fou, afin de vivre vraiment dans sa dignité d’être humain. Or, l’Œdipe est un passage symbolique.
Pleins feux sur la famille. Au feu la famille. La cohorte de nos pulsions partielles réparties aux bords de notre corps brûle au feu du désir. Le feu était autrefois l’ensemble des personnes regroupées autour du même foyer, qui servait d’unité de base (avant 1789)… pour la répartition de l’impôt. S’agit-il d’éclairer la famille du feu de la parole, de la vivifier au feu du désir ou de faire feu sur elle ? Meurt-elle à petit feu ? Non, pas vraiment. Car des formes de famille meurent, d’autres naissent. Il convient de prendre en compte les réalités rencontrées. Non pas de juger. Qui peut en effet juger et parler du désir d’un autre. Il s’agit d’inventer, comme le suggère le présent colloque, de créer et de repenser les relations entre les parents et les enfants. Il s’agit de ne pas céder à la  mise en jeu d’immédiates relations de cause à effet. « Si le petit est comme ça, c’est parce qu’il n’a pas eu de papa ! » Qu’en savez-vous ? Strictement, et rigoureusement, rien du tout. Nous ne savons pas, et cependant nous ne cessons de parler ainsi. Ce faisant, nous engendrons une culpabilisation qui transforme les soi disant relations de cause à effet en faute, oubliant que si, un enfant est objet de soin de son parent, promu par là comme sujet de désir et de parole, ce n’est pas à cause de ses parents, ni de leur faute, mais de leur fait. Du fait de leur désir, avec toutes les faiblesses, avec toutes les carences inhérentes à notre humanité même.

La famille en archipel
Une famille n’est pas un noyau. Elle n’est pas même seulement un réseau. Elle est bien plutôt un archipel. Des îlots de singularité peuplent ses territoires aux formes variées et changeantes, à la condition que soient assurés les éléments symboliques, don de la parole, qui inscrivent un sujet dans la génération et dans une filiation, c’est-à-dire, lui confèrent une place, la sienne, irréductible, à nulle autre substituable, y compris dans la mort, une place dans l’arbre des noms qu’est son arbre généalogique. Cette place de nom est la sienne dans la succession des générations, elles-mêmes régénérées des paroles qui la disent.
Le milieu familial est à découvrir comme un lieu ouvert où se tiennent le rapport entre les générations (parents/enfants) et des relations entre pairs d’âge différent. Il s’agit d’un lieu où être, résidence, ayant une adresse, et où vivre. Une famille est un milieu en vue de chacun, où chaque membre déploie sa parole, d’où chaque enfant sortira afin de porter fruit de désir en dehors, ailleurs.
Ma pensée de l’archipel – issue d’un titre du poète René Char, La parole en archipel, est en relation avec les élaborations de Christian Ruby, (Conférence N° 24, p. 56 sq., 2007). Elle met en avant une pratique « du possible sans cesse reconduit, à partir des limites de l’actuel ». « Tout archipel renvoie à une série d’enjeux et à une série de tâches » (Ibid., p. 56).
Notre société, dit Christian Ruby, se déploie sur la double tendance à isoler les individus les uns par rapport aux autres et à organiser le surplomb d’un universel abstrait, fait de pur discours. Elle pousse ainsi les individus à se muer, voire à se murer, en ghettos. Le développement social sépare et divise au maximum les fonctions et les êtres afin d’en tirer la plus grande rentabilité possible – au détriment de toute subjectivité.
La notion d’archipel affirme que notre réalité humaine, c’est d’être séparés et ouverts sur les autres simultanément. Notre existence est séparation et rapport, au sens où le rapport à l’extérieur est la constitution même de l’existence. Ex-sister, c’est se tenir hors de soi. L’archipel fait jouer la position d’un sujet dans son rapport à l’autre. Dans ce rapport à l’autre se rencontrent conflits, tensions et confrontations.
L’unité de ladite famille n’a pas à être une visée idéale. Elle peut être une pratique du mouvement provoqué par l’action du rapport à l’autre. L’archipel familial est ainsi mu par le mouvement qui est entraîné par les exercices et par les tâches qui s’y accomplissent.
Un enfant peut avoir de multiples papas et mamans, selon son âge, n’importe quel adulte qui partage la vie de son père ou de sa mère, par qui il se sent accepté.
Dans ce qui le structure, un enfant gardera référence à l’autre parent, présent en lui de façon symbolique, bien qu’absent physiquement. Je souligne cependant ceci : qu’un parent soit présent réellement dans la vie d’un enfant n’est pas équivalent à son absence. Sans cette référence, il est « comme un hémiplégique dans sa structure symbolique : une moitié seulement fonctionne en miroir avec l’adulte dont tout de sa vie dépend » écrivait Françoise Dolto dans Les étapes majeures de l’enfance, (p. 28). Ainsi, un enfant né d’une femme célibataire entendra parler du cœur et de la bouche de sa mère d’une référence autre à elle-même et autre à lui, son enfant. Cette référence vaut père symbolique. C’est la condition pour qu’il puisse apprendre à lire, sans craindre de rencontrer les secrets de polichinelle du tiroir dont il est sorti, à écrire des lettres adressées dans la langue de l’absence et à compter sur d’autres qui lui apprendront à se compter parmi nous. Par exemple, du fait d’une vie en couple sans être marié, ce ne sont plus de justes noces qui désignent le père – ce qui fait que, dans le mariage, un enfant a comme père, symbolique, le mari de la mère. Si l’on n’est pas marié, il convient donc d’inventer une autre manière de faire, pour que l’enfant ne reste pas sans référence paternelle symbolique, car, en la matière, il y va toujours d’une reconnaissance et d’une adoption .
Le collectif familial est alors à la charge de chacun, à celle des enfants aussi. L’unité symbolique de l’archipel est en harmonie, c’est-à-dire participe de la  cheville et de la jointure, quand elle ne cesse pas de se construire en paroles. Lors de certaines séparations, il est dit que seul le couple conjugal est rompu, mais que le couple parental demeure. Mensonge. Comment un enfant pourrait-il ne pas vivre la rupture de ses parents comme un acte mettant en question sa venue au monde ? La fictive unité du père et de la mère séparés a des conséquences souvent catastrophiques, phobogènes à tout le moins. En cas de rupture, quelle peut être la solidarité vécue ? Comment favoriser des relations et maintenir « des pratiques du rapport, construit et assumé » (Ibid., p. 62). Il s’agirait, entre autres, de produire et d’entretenir un dispositif de relations et d’adresse (parler à) plutôt que de pondre des édits de contrôle et le renforcement permanent des mesures de censure. L’archipel est un opérateur de relations à des fins ordonnées, fut-ce très momentanément. Par exemple, la garde alternée présente des conditions d’exercice qui conviennent ou ne conviennent pas aux personnes concernées, enfants ou parents. L’archipel est fondé sur la reconnaissance de l’autre, chacun étant pour chacun un autre. Il ouvre sur les subjectivités, « plurielles, qui ne se laissent pas enfermer dans des identités ». Des identités imaginaires s’entend. Félix Guattari prolonge ainsi cette formule : « chaque fois qu’on se fixe pour objectif une identité, on perd quelque chose d’essentiel qui est le devenir. »

La composition familiale
L’idéologie redoutable et mortifère dont nous abreuvent les discours politiciens et les propos de certains travailleurs sociaux consiste justement à faire passer une idée de la famille au lieu d’en rencontrer chaque membre unique et différencié. Nous avons résolument à renoncer à une psychologisation de masse qui fait de la famille un modèle ou un idéal. Je tiens, pour ce qui me concerne, l’idéalisme pour être la perversion la plus répandue. Mais le discours psy est encore pire que celui des curés : il ne pardonne pas. Plus la famille est idéalisée comme norme sociale, moins un enfant y a la parole libre. Or, la réalité nous offre de rencontrer des situations extrêmement diversifiées, faites de compositions, décompositions, recompositions, agencements, certes souvent conflictuels, mais au moins vivants.
La famille compose avec les changements et les mutations. Elle se recompose.
Se recomposer veut dire se composer à nouveau et autrement. La famille se compose. Elle se pose avec des éléments différenciés en un ensemble, dont les termes ne sont pas toujours et obligatoirement réellement présents, mais n’en demeurent pas moins symboliquement déterminés, imaginairement circonscrits en rôles et en places plus ou moins définis. Ce qui se nomme famille varie selon les temps et les lieux. Composer veut dire assembler des éléments, non pour faire Un, ni pour faire un Tout. La famille se compose de relations établies sur la ligne de la filiation et des générations successives, tout en prenant en compte la dimension de l’alliance exogamique. La famille est là pour qu’un sujet en sorte, la quitte.
Elle se tient sur le registre des rapports entre homme et femme, ou, à tout le moins, de leurs produits séminaux nécessaires à la génitude. Son assemblage relève des métaphores de la composition, qu’elle soit florale, musicale, œnologique ou olfactive, telle la composition d’un parfum… Chacun des membres, dans sa famille d’origine comme dans sa famille actuelle, réelle, symbolique et imaginaire, y a sa place. Elle compose assez afin de mettre ensemble, de façon plus ou moins renouvelée, ce qui sied à la poursuite du don de la vie et à l’éducation des rejetons. La famille est de bonne composition si l’on admet la diversité de ses formes, des formes variées propres à assurer la pérennité des deux fondements subjectifs que sont la filiation (être fils de) et la nomination (pouvoir être appelé). La famille se décompose, tels les traits d’un visage, pour se recomposer, se faire un nouveau et autre visage, apparaître et se vivre sous d’autres traits.
Nous veillons. Ce qui se figure sous les traits d’un p’tit air de famille gardera vivant l’air du désir en expansion, afin de ne pas étouffer le bébé dans un air confiné et manquant de parole. Vivre, c’est respirer. Vivre, c’est laisser libre la parole naissante. C’est donner à un enfant de quoi trouver sa fécondité de vie.