Crainte de l’effondrement, passage par l’informe. Un rien à dire. Winnicott, Dijon, 3 octobre 2015

31 oct, 2015

Samedi 3 octobre 2015

Journée d’étude D W Winnicott : Jouer, s’humaniser

Crainte de l’effondrement, passage par l’informe. Un rien à dire

Le texte est sur le site de

International Winnicott Association France, www.iwafrance.org

Taper : Retranscriptions dans Ressources


Bébé et son corps, Revue Spirale, N° 74, septembre 2015

12 oct, 2015

La grande aventure de Monsieur bébé

n° 74 - Septembre 2015

Édito

Patrick Ben Soussan

Bébé et son corps

Bébé de son corps - Joël Clerget

Le corps entier de mon bébé - Joël Clerget

1 Naissance

L’espace, notre seconde peau - Emmanuelle Colboc

Babylaune, un lieu pour les bébés et leur corps - Laurie Benoit

Bébé est né, il faut l’habiller - Marie-Pierre Clerget

L’expérience d’une grossesse. Corps de mère, corps d’enfant -

Aude Derrier Sanlaville

2 Accueil dans la petite enfance

Chut ! Bébé dort… en corps ! - Anna Pinelli

Le corps du bébé dans l’histoire - Marie-France Morel

La puissance fragile du corps : naissance et vulnérabilité - Jean-Philipppe Pierron

Donner du corps lorsque bébé n’est plus là - Élisabeth Martineau.

Le rapport au corps de l’enfant (témoignage) - Maximilien Derrier.

3 Psychologie

Le corps du bébé, qu’a-t-il à dire ? - Florence Peyrefitte

« Toucher » au langage du corps - Jacky Israël †

L’observation du lien entre un bébé et une auxiliaire de puériculture lors d’un soin : une écoute de la subjectivité du bébé - Marie-Madeleine Simon

Se sentir entouré - Sylvie Mugnier

Mon petit bouchon (témoignage) - Marie-Claude Giroud-Panier

4 Société & culture

Ce que la publicité presse-magazine nous signifie de bébé - Yves Mermilliod

Du massage viennent les mots - Florence Griffay Mouterde

Une ostéopathe dans sa pratique avec les bébés : une rencontre au service du mouvement

- Bénédicte Parmentier

À la découverte de sa corporalité animée - Maurice Xambeu

Poèmes - Noëlle Nugier

Hors dossier

Le compagnon thérapeutique en crèche : un soutien individualisé pour un enfant, un relais pour une équipe

Sylvie Guicher

Les rubriques

Neuf mois et moi - Michel Briex

Bébés d’ici, parents d’ailleurs - Claire Mestre

Les écrits de Lóczy - Miriam Rasse.

Des livres et des bébés - Dominique Ratea

Au pays des jouets de bébé - Jean-Robert Appell

Du côté de chez nounou - Patricia Denat.

Bébé va au spectacle - Graziella Végis

Paroles de parents - Régine Prieur

Prix : 15 €

Commande : chez votre libraire ou aux éditions érès :

www.editions-eres.com



Joël Clerget sur you tube

16 juil, 2015

Corps, image et contact. Une présence à l’intime
YouTube
Vidéo pour “joel clerget youtube”
3:58

www.youtube.com/watch?v=t07fMMqf5mk

Comment un petit garçon devient-il un papa?
YouTube
Vidéo pour “joel clerget youtube”
3:59
www.youtube.com/watch?v=AUNnWIX2dzs

Entretien entre Joël Jouanneau et Joël Clerget

A propos de Tête haute
YouTube
Vidéo pour “joel clerget youtube”
1:13:16
www.youtube.com/watch?v=EBTKj685P68


Réédition Comment un petit garçon devient-il un papa ?, érès, février 2015

20 déc, 2014


Devenir père n’est pas qu’un processus psychologique. C’est un acte symbolique engageant un sujet dans sa chair. Cet ouvrage décrit le parcours d’un petit garçon devenant un papa, et les mécanismes proprement masculins de ce cheminement.

Discutant certains acquis concernant l’abord du père, ce livre est centré sur l’expérience d’un homme devenant papa, depuis tout petit, dès la grossesse, jusqu’au jour où son enfant l’appelle lui-même papa. L’ouvrage distingue, en les articulant,  la fonction et la place d’un papa, celles d’un père et la référence paternelle en tant qu’instance symbolique. Il réfléchit aux conditions actuelles de la parentalité, abordant ainsi l’homoparentalité. Cette élaboration s’intéresse à ce qui du corps d’un garçon organise son entrée dans la paternité et notamment son sexe sur le plan du réel, de l’imaginaire et des paroles.

1001 et + / Collection dirigée par Patrick Ben Soussan.

Lien : www.youtube.com/channel/UCbwTeMVadWrb4FPec3Dm0Rw


Publication: Corps, image et contact, érès, 30 octobre 2014

21 sept, 2014

En librairie le 30 octobre 2014

Corps, image et contact

Une présence à l’intime

Ce livre est le témoignage vivant d’une double expérience, celle de la psychanalyse et de l’haptonomie (pré et périnatale). Il situe le contact et la sensorialité dans les relations humaines engageant la dimension esthétique (beauté du geste, sensation) et l’existence. Il articule une réflexion sur les rapports de ces deux pratiques au plan de la clinique quotidienne comme à celui de leur élaboration conceptuelle. L’auteur envisage les correspondances et les discordances existant entre ces deux champs, leur contribution respective à la vie des êtres humains que nous sommes dans la relation de soi à soi, aux autres et au monde. Cet essai inscrit l’inconscient dans le contact, le tact faisant partie intégrante de ces pratiques. Le corps, l’image et le contact viennent ici rencontrer notre intimité. Cette approche phénoménologique par les sens et leur entrecroisement dit combien il s’agit de sentir et de se mouvoir, la qualité du sentir s’ouvrant à un ressenti et la dynamique du se mouvoir s’offrant au mouvement. Leur alliance a lieu dans des relations réunissant le souffle, le mouvement et la voix, le contact et la main, la vie elle-même.

Collection « L’ailleurs du corps », dirigée par Patrick Ben Soussan

16 x 24 – 250 pages – 25 €

En librairie ou à défaut aux éditions érès – 33 avenue Marcel Dassault – 31500 Toulouse – France. Tél 05 61 75 15 76.

Site : www.editions-eres.com

Contact : eres@editions-eres.com

–>

Sommaire

Image et contact

L’image inconsciente du corps

Lieu de l’image, clinique, image et écho, pulsion

Institution de l’image du corps et schéma corporel

Image et contact, figure

L’image à son négatif au paysvisage de l’homme de l’art

La dimension haptique, apport de l’haptonomie, avec Frans Veldman

Notice lexicale et sémantique introductive : Pathique, haptique et thymique

L’hapsis comme expérience de l’altérité, clinique de l’hapsis

Détente, clémence du contact

Respect de l’être avec le souffle de vie

À fleur de peau, la touche

Fond endothyme et réintégration sensitive de la base

Existence, contact et décision, avec Henri Maldiney

L’intime

Facettes et figure. Déclinaison de l’intime au contact de l’Autre

L’impossible intime

Totem et tabou du contact, une contagieuse contiguïté

Notion et voix de l’intime

Espace de l’intime, visage et don

Subtile pratique de l’intime, figure et objet

Voix d’Autre

Le sensible en la main donnée

L’arche du contact

Apport de la peau, voix de main

Science du cerveau au contact de la plasticité

L’aube des sens

Se sentir maman au contact

Être-là l’ouvert à la main

Physionomie du contact

La poïétique de l’être de désir dans l’œuvre écrite de Françoise Dolto

Une présence à l’intime

Langue et pensée de la jouissance

Du visage et du nom d’être

Main de voix

Narcisse et la poupée-fleur


Corps, image et contact. Une présence à l’intime, édtions érès, parution octobre 2014

20 juin, 2014

Corps image et contact

Une présence à l’intime

Joël Clerget

Editions érès, parution octobre 2014

Qui suis-je ?

Je suis un clinicien engagé, engagé dans une pratique d‘enseignement et d’écriture aussi.

Dans ce livre Corps, image et contact. Une présence à l’intime, érès 2014, je témoigne de l’articulation de mes deux expériences professionnelles : la psychanalyse et l’haptonomie pré et périnatale. Une approche phénoménologique guide aussi mes réflexions. De plus, mes origines paysannes donnent à mes propos et à mes élaborations conceptuelles une couleur de terre et de ciel à laquelle je tiens beaucoup. Car j’aime à rester foncièrement pragmatique.

Inspiration et conception du livre

Après avoir écrit La main de l’Autre, également paru chez érès, j’ai toujours eu le désir de transmettre l’expérience de ces deux activités cliniques. J’ai aussi le souci de donner à entendre aux lecteurs comment elles se répondent. J’ai donc conçu ce livre à la manière d’une partition, avec thèmes et variations. Le mot de résonance y est central et organisateur.

Quelle est l’originalité de son approche ?

L’originalité de ce livre tient à ce je présente ici mes réflexions de psychanalyste ayant la pratique de l’haptonomie prénatale. Comment l’une et l’autre expériences se rapportent-elles l’une à l’autre ou se contredisent, s’allient ou se séparent. Une pensée à forme de parole adressée réfléchit ici à l’entrecroisement comme à la distinction, voire à la divergence de la psychanalyse et de l’haptonomie. Ma pratique met en cause le tabou traditionnel du toucher en psychanalyse au profit de la mise en avant de la dimension du contact. Faire entrer l’inconscient dans le contact, prendre en compte un contact alliant le corps et la parole, dans l’écoute et la présence, tel est l’enjeu et le paysage de ce livre. Le propos certes bouscule les idées reçues. Mais, quand on reçoit notamment des bébés, que serait une parole sans contact ? Que serait une parole qui ne toucherait pas ? Que serait un contact qui ne dirait rien à personne, qui ne parlerait pas, au sens large du mot, pas seulement avec des mots énoncés. Le silence dans le contact ouvre en nous l’aire de la parole.

Le sous-titre une présence à l’intime parle du paysvisage de l’être humain en lequel se révèle et se déploie notre existence. L’intime, le plus intérieur de l’intérieur, se donne à vivre dans l’immédiateté du contact. Traversant toute image de soi et de l’autre, dans le contact, nous sommes au présent de l’image inconsciente du corps. Nous le sommes de cœur. Nous le sommes de cœur au sein de la main donnée – maintenant. Ce livre parle de l’apport de Françoise Dolto, Frans Veldman, Henri Maldiney, Maurice Merleau-Ponty et de bien d’autres. Il comporte aussi une partie consacrée au style poétique déployé dans l’œuvre écrite de Françoise Dolto. J’y tenais beaucoup.

À qui s’adresse-t-il ?

Ce livre s’adresse à tout clinicien et à tout professionnel, de la psychologie, de l’enfance, de l’éducation et de la santé. Il s’adresse aussi aux parents et aux éducateurs au sens large du mot.

Situation actuelle du sujet de ce livre

Corps, image et contact prend place dans les débats et les réflexions actuelles concernant les différentes formes de thérapies. Il donne place au corps parce que nous sommes des sujets incarnés et à la parole sous toutes les formes où la parole se donne. En effet, la parole ne va jamais sans la chair. Il enrichit la réflexion sur les pratiques et les expériences de la vie, pour nous qui sommes en quête de sens et de signifiance à donner à notre vie, à notre vie de relation et de contact avec soi-même, avec le monde et avec les autres. La force poétique du propos s’allie à une rigoureuse élaboration conceptuelle pour que la réflexion soutenue demeure vive et vivante.

À vous lecteur de le découvrir et, si vous le désirez, de nous dire ce que vous en recevez en échange.

Vidéo et montage : Julien Salinas

lien : www.youtube.com/watch?v=t07fMMqf5mk


L’armoire des robes oubliées, Riikha Pulkkinen, Albin Michel, 2012

9 oct, 2012

>

L’armoire des robes oubliées

Riikha Pulkkinen, Albin Michel, 2012

L’air est plein d’attente

Riikha Pulkkinen

Ce livre s’ouvre sur deux exergues. L’un est de Isak Dinesen (Karen Blixen). Il dit le sort du chagrin : « On peut supporter tous les chagrins s’ils font partie d’une histoire ou si l’on en écrit une à leur sujet. »

L’autre est un extrait de Pierrot le fou (1965) de Jean-Luc Godard :

« Nous sommes faits de rêves et les rêves sont faits de nous.

Il fait beau, mon amour, dans les rêves, les mots et la mort.

Il fait beau, mon amour, il fait beau dans la vie.»

La première phrase de cette citation est reprise au cours du texte. S’ouvrant sur cette part intime du rêve, le livre raconte, dans l’accompagnement des derniers jours d’une femme à la maison, Elsa, le lieu où sont les êtres et les choses. Il parle ainsi du chant du merle noir comme du vol des hirondelles et de leurs cris. Pour le peintre qu’est Martti, le mari d’Elsa, la frontière entre nous et le monde s’abolit, les cris des oiseaux sont en nous, comme les rêves, et non plus seulement dans le ciel. Il pourrait peindre cela qui n’est pas le ciel, les hirondelles ou la lumière baignant la chambre, mais chacun de ces éléments en lui, devenant lui, comme l’évoquent les traités de peinture de la Chine ancienne.

Ce livre nous parle du chagrin, de ses variations selon les moments de la vie, de la singularité du chagrin de chacun, de ce que, quand il arrive, on peut le laisser venir à soi et l’apprivoiser, lui ménager de la place afin de parer à l’invasion de la terreur et de l’épouvante (p. 21). Cet accueil en soi du chagrin, comme il en est de la tristesse à en pleurer parfois, nous met à l’abri de l’épouvante et de la terreur, nous protège de celles-ci.

Comme seul il sait le faire, le rêve nous conduit ailleurs. Il nous amène autre part et vers d’autres. Porté par une sensation, aussi faible qu’une trace semblable à un parfum, il s’insinue en nous sans que l’on sache encore où son empreinte nous mène. Sans doute toujours, par sourire ou voix interposés, le rêve nous achemine-t-il vers des souvenirs et des éléments vécus dans le passé avec quelqu’un d’autre. Ici, on entend dès le départ comme il conduit vers une femme, plus même, vers une autre femme. « Dans le rêve, ce n’était pas Elsa », la femme de Martti, celle qui dort à ses côtés. D’ailleurs, au début du chapitre suivant, Eleonoora, leur fille, médecin, revient à la balançoire de ses six ans avec sa maman. Ce jardin qui revient en elle et à elle ramène avec lui une terreur enfantine qui n’avait pas de nom, « pur effroi informe », au moment même où elle réalise qu’elle sera bientôt orpheline, là, dans l’actuel de sa vie d’adulte, face à la mort annoncée de sa mère.

Les relations du grand-père Martti avec sa petite-fille Anna constituent la trame de ce livre. C’est elle, qui, trouvant une robe oubliée dans l’armoire de sa grand-mère Elsa, part à la découverte des secrets de famille, du secret de sa famille. Anna est face au temps. Elle est dans le temps, et son grand-père aurait aimé pouvoir lui dire : « Installe ta demeure dans les jours d’insouciance. Ils sont un rêve, mais tu n’as pas encore besoin de te réveiller » (p. 46).

La narration nous fait venir dans l’autre et dans ses éprouvés – comme en rêve – du lieu changeant du narrateur (p. 53). Devant la robe découverte par Anna, on se représente la fête : un homme et une femme se regardent, « ils savent que quelque chose a commencé ». Souvent l’auteure écrit : ils savent. Elle parle de savoir, d’un savoir déjà totalement inscrit dans un à venir encore ignoré des protagonistes, comme un éternel commencement se renouvelant à neuf à chaque génération. La grand-mère interroge Anna sur sa relation avec Matias, son compagnon. Elle s’interroge et nous interroge sur cette relation. À propos du sexe entre eux (p. 55), la grand-mère parle tout à fait librement de la chorégraphie de l’amour et fort à propos, de rythme. Elle parle du sexe comme d’une danse (« souvent le sexe est épatant si on le pense en termes de danse » p. 56), sur le fond de notre devenir où nous portons toujours en nous ce dont nous sommes issus, ce à partir de quoi Pascal Quignard ne cesse d’écrire.

L’armoire des robes oubliées exprime, avec pertinence et acuité, le retour inattendu des images dans une relation de vrai transfert. Par exemple (p. 64 sq.), quand une femme rencontrée à l’hôpital lui adresse la parole, le grand-père dit : « le plus difficile, ce fut d’en aimer une autre ». Il révèle alors, soudainement et malgré lui, sur l’interpellation de cette femme inconnue, le nom de la seconde : Eeva. « Voilà, c’était fait. Il venait de prononcer ce nom pour la première fois depuis des dizaines d’années » (p. 67). Et les images reviennent en force. Il laisse faire l’office de leur retour et il peut alors ajouter qu’il a aimé cette femme comme personne, et sa femme tout autant, « mais d’une autre manière. » Le voilà saisi par le désir de retourner à Tammilehto, mu par l’évocation d’Eeva. « Il voulait se retrouver en un lieu où conduire ses pensées jusqu’à leur terme. » (p. 70).

Il y a dans ce livre une superposition constante des lieux et des temps, qui se recouvrent et se découvrent, comme en une première fois, non celle du moment vécu exactement, quoique présent, mais comme une première fois de souvenir et de rêve entremêlés. Il était venu , dans la maison de l’île au lac, avec Eeva et la petite Ella, Elsa étant partie pour son travail. Il réalise combien l’abnégation et l’attachement d’Eeva ne lui convenaient pas. Le dévouement, ce pas que l’on fait hors de soi-même, la mettait en péril permanent dans son chemin vers l’autre. Elle fut entière en son amour, en cet espace où l’homme la voit disparaître et s’évanouir sous l’intensité de l’amour qu’elle a pour lui. Dans cette densité du souvenir et du lieu, les formes de la jeune femme font leur retour. Il peut alors la façonner, point par point (p. 73).

Quand, Anna portant cette robe, va retrouver son amie Saara, Eeva est ici, à ses côtés, en elle. Plus même, Anna devient Eeva en endossant l’habit de cette autre qu’elle est et qu’elle devient, par fréquentation de l’image interne d’Eeva. Son évocation exige de raconter l’histoire, toutes deux, Anna et Eeva croyant en cela : « Tout donner de soi et recevoir le monde entier ».

Nous voilà violemment transportés au temps daté de 1964. « L’amour commence sans préméditation » (p. 119). Nous sommes pris dans l’aube des commencements, dans leur force et leur prégnance, célébrés comme dans un hymne. « Au moment où tout commence, j’ai vingt-deux ans ». La parole est à Eeva qui se raconte en narrant son histoire de petite fille et de jeune femme, de 22 à 26 ans. Quatre ans de rageuse densité. Ce commencement sait la fin certaine sans toutefois vouloir ni pouvoir en entendre parler. Cela commence par le geste d’une fillette qui, portant sa poupée Molla dans les bras, tend la main vers elle. Ce geste ne la quittera plus jamais. Ce qui ne se sait pas encore, mais ne cessera de se révéler au fil du temps, est déjà en route sur le cours destinal. Il est ce à quoi on n’échappera pas, comme ce à quoi l’on n’aura pas échappé.

Dans de très belles pages, Riikha Pulkkinen parle de la confiance entière de l’enfant, toute faite de foi, à l’âge où il n’a pas encore été trompé. Elle évoque cette zone-plage où le chagrin n’a pas encore imprimé ses contours sur le visage (p. 101 et 186). Elle décrit la vision, reprise à deux fois, de ce qui n’est pas encore arrivé et ne manquera pas d’arriver. « Je suis celle, relate Eeva, qui dessinera le chagrin sur le visage de la petite… Elle sera celle qui dessinera en moi le chagrin ». Ella est celle qui les rendra totalement apathiques, elle-même Eeva, et Anna, au point de rester l’une et l’autre en des moments différents de leur vie, couchées par terre sans bouger des jours entiers (p. 101-102). Cette superposition d’Eeva et d’Anna, d’Eeva et d’Elsa, agit comme en surimpression.

Ces femmes à l’approche de l’eau froide du lac, entrant dans l’eau, Elsa et Eeva, nues, dans le regard de l’homme, sont comme le côtoiement perpétuel de deux réalités qui se heurtent sans cesse, plus même, qui s’entrepénètrent continuellement. Une sourde mélancolie prend le nom de culpabilité et paralyse quelque peu le prononcé du mot aujourd’hui, en français dans le texte. La partition d’Eeva dit l’avenir d’Eleonoora, Ella, ce qu’elle deviendra, son futur. Ce futur est marqué de la rétroaction quand Elsa parle à Eleonoora de sa naissance ou de la jouissance qu’elle éprouve, lors de ses nombreux voyages, au décollage de l’avion, et à la répétition de cette force obscure. Quand Elsa, sa mère, eut parlé : « Tout fut un instant à sa place, juste comme il se devait. Tout ce qui était important avait été dit » (p. 242) et la fille Eleonoora de se dire in petto que c’est pour ce moment-ci qu’elle a vécu.

Nous vivons de fins savoirs s’accumulant en nous, un savoir sensoriel, l’accroche d’une vision, d’un son, d’une odeur, les façons d’être et de faire de l’aimé, comment il se brosse les dents. Nous portons en nous ce savoir comme un trésor inaltérable, fait d’amour et d’expérience. Cette appréhension de l’autre le laisse autre et étranger à nous, cet autre que nous regardons et dans le regard de qui nous vivons.

Ce qui se termine aura eu la durée de la relation et tout le temps de la vie. Le parcours va jusqu’à la porte, à un tel seuil de durée qu’il s’achève sur une porte qui se clôt, au point de couler dans les rainures du plancher, expression qui revient plusieurs fois dans le texte. En ce lieu, fond l’être, l’être se fond. Il se fonde en ce lieu d’être. « Une goutte d’eau, toute ronde, se forme au bout d’un brin d’herbe et le soleil étincelle derrière la sapinière. C’est là que je suis. En réalité je ne me trouve jamais ailleurs qu’à la lisière de la prairie » (p. 361). Exister, se tenir hors soi et en soi plus avant, c’est se tenir toujours à une lisière, à un liseré d’être.

Ce livre dit combien, d’avoir trouvé place et lieu dans le poème des éléments du monde et dans le nom meurtri de soi par le mensonge qui creuse un trou dans le cœur, au point de n’être plus qu’une image, ce qui se profile, c’est la disparition de soi, dans la disparition de la voix, en ce point précis où entrer dans l’eau et nager à l’extrême nous plongent et nous immergent en un espace d’où nous savons pertinemment que nous ne reviendrons pas. Nous le savons. Anne de Staël le disait de son père Nicolas de Staël lorsqu’il s’aventurait dans les flots de la Méditerranée, loin du bord, creusant ainsi, sous le regard intrigué de sa fille, le naufrage affligé d’un non retour. Nous y allons toutefois quand la vie et la mort s’entretoisent à un point tel qu’aller au-delà de ses forces ne relève déjà plus du défi, mais de l’accomplissement de soi pour la mort. Telle aura été, pour Anna la chercheuse, la vie d’Eeva l’amoureuse.

L’armoire des robes oubliées, traduit par Claire Saint-Germain, est la traduction française, très colorée, aisément lisible, du titre finnois Totta. Ce mot signifie : C’est vrai. Pour de vrai. Telle est bien la réalité du rêve et de la vie dont ce livre porte témoignage. Le rêve y est une réalité et la réalité se connecte à des images qui émergent ici comme des pousses d’arbres nordiques ou des fleurs, des souvenirs et des évocations de la culture finnoise. Nous sommes en Finlande certes, au pays des saunas, des lacs et des tartes aux myrtilles, mais le site revêt tout à la fois la précision géographique de cette terre-là et la valeur universelle du séjour et du voyage.

Joël Clerget

Été-automne 2012


Souscription à l’ouvrage collectif, Henri Maldiney : penser plus avant

22 nov, 2011

Les Éditions de La Transparence ont le plaisir de vous annoncer la publication du volume collectif Henri Maldiney : penser plus avant…
À la suite du colloque qui s’est tenu à Lyon les 13 et 14 novembre 2010 à l’initiative de l’Association internationale Henri Maldiney, nous avons réuni les textes de tous les intervenants et intégré une étude inédite. Trois textes très rares d’Henri Maldiney ouvrent le livre. Le sommaire de l’ouvrage est reproduit ci-après.

Afin de bénéficier d’une remise exceptionnelle de 20 % sur le prix public (22€), nous vous invitons à vous adresser au lien suivant ou en demandant le bon de commande à Joël Clerget, joel.clerget@free.fr , avant le 30 novembre 2011, pour l’acquérir au prix de 17,60 € l’exemplaire. L’ouvrage vous sera livré (franco de port) à la fin de l’année 2011.

Les Éditions de La Transparence — 8, avenue des Pommerots, 78400 Chatou
01.39.52.62.74 —
www.editionsdelatransparence.com

Henri Maldiney : penser plus avant…
Sommaire
Présentation, Jean-Pierre Charcosset
Henri Maldiney, textes
Sur le Vertige
Notes sur le rythme
Rencontre et ouverture du réel
L’homme, un vivant habitant l’espace, Roger Brunot

Parler, respirer, questionner

Parler n’est pas discourir, Bernard Rordorf
L’intonation, commencement du poème, Roger Dextre
Le linguiste, le philosophe et le temps, André Sauge
Janus en psychiatrie, Pierre-Marie Charazac
Rencontrer, soigner
L’engendrement du corps propre (approche clinique et portée critique), Dominique Thouret
Rencontre et ipséité, Joël Bouderlique

Regarder, habiter, ouvrir

L’espace créateur : une ouverture à la réalité psychique, Bernard Chouvier
« Notre condition d’être n’est pas, nous ne sommes qu’à l’exister », Yannick Courtel

Se mouvoir et sentir, regarder et habiter, respirer

L’efficace du vide, l’écoute des blancs dans la parole, Colette Combe
Souffle, rythme et contact dans la dimension haptique, Joël Clerget
L’écriture à l’orée du geste, Bernard Cadoux

Prendre, comprendre

Une pure coïncidence. Autour de l’Un, Sarah Brunel
L’apport d’Henri Maldiney à la compréhension des psychoses, Fernando Landazuri
Une obstinée rigueur, Jean-Pierre Charcosset


Spirale, N° 58, érès, juin 2011, Les vacances de Monsieur Bébé

14 juin, 2011

Spirale N° 58

Les vacances de Monsieur Bébé
Témoignages, réflexions
Pratique

Coordonné par Joël Clerget

Parution le 10 juin 2011, 15 €

Dans la série La grande aventure de Monsieur Bébé,
voici l’épisode Bébé part en vacances. Les vacances d’un
bébé requièrent-elles quelques aménagements
particuliers ? Un bébé part-il en vacances ? Nous
aimerions que les parents et les professionnels redécouvrent
le sens, la valeur et la portée du mot
vacance(s) dans la vie d’un bébé, dans la vie de leur
bébé. Plusieurs acceptions de ce mot sont ainsi réunies et
distinguées.
Dans ce numéro de Spirale, nous vous convions à une
balade. Comme tout voyage, ce trajet comporte les
risques inhérents aux transports et aux lieux de séjour.
C’est un voyage dans la campagne des textes et leurs
florilèges. C’est un séjour à la montagne d’un guide
pratique relatif aux risques et aux aléas potentiels des
pérégrinations avec un bébé. C’est un repos de bord de
mer sur la plage d’expériences diversifiées et singulières.
Nous ne voulons pas tout dire sur les vacances d’un
bébé, mais assez pour que chacun puisse inventer son
style et promouvoir l’originalité de sa pratique des
vacances avec un bébé, avec son bébé.

Les vacances de Monsieur Bébé

Sommaire

Si proche encore de la naissance, pas de vacance…

L’invitation au voyage, Paul Cesbron,
Hier, aujourd’hui, demain, je suis né, Françoise Jay,
Retour avant, Vivantes vacances vécues, Joël Clerget,
Transport de la voix suivi de Vacance, Anne Saint Prix,
Vous avez dit vacances ?, Isabelle Pinçon

Enfants, parents et grands-parents
Souvenirs de vacances avec ou sans enfants

Témoignages d’enfants
:
Antonin, Jeanne et Camille ;
Plage, Anne Saint Prix ;
de parents : Regards croisés sur les vacances en famille, Élodie Delafon Romefort et Laurent Romefort,
Et si l’on attendait un peu avant de confier nos enfants, Elisabeth Martineau,
Voyages, vacances, Evguénia, danseuse et Maxime, comédien ;
de grands parents :
Arcanes de vacance à l’âme pour de belles vacances… Noëlle Nugier,
À 1000 km de distance, Bernadette Griot,
Lieux de vacances à bébé, Joël Clerget

Professionnels, allers et retours

Les vacances de Monsieur Bébé vu par le personnel de « Pierrot et Colombine » du plateau d’Hauteville. Brainstorming recueilli par Anna Pinelli,
Baby Friendly ? Exercice de style, Marcel Sanguet,
Un bébé s’endort, un bébé s’éveille, Patricia Denat, Assistante maternelle

Pratique

Bébé n’est pas un bagage accompagné, Jacky Israël,
La trousse d’urgence, docteur Jean Lavaud,
Inventaire à la Prévert, Valises, Adeline Clerget,
Les Vacances de bébé, Quelques pistes …(en albums, cd, dvd), Martine David, avec la contribution de collègues de la Bibliothèque de Saint-Fons (69190)

Final

Sea, Sex and Sun, Texte à thèse, Joël Clerget
Mes petits-enfants : vacances, Noëlle Nugier

Contact, commande :


Lieu d’être, Compagnie Acte, Annick Charlot, danse

23 nov, 2010

Compagnie Acte

Annick Charlot

Lieu d’être

2010

Un parcours – un trajet – un enjeu d’existence

« L’appréciation de l’art met donc les gens en équilibre sur un fil, peut-être justement parce que la perfection est si proche de l’échec. »

Donald W. Winnicott

Conversations ordinaires


C’est une déambulation du temps sur les pas de l’espace, à front de mur, à corps ouverts et sol aiguisé. C’est une tendresse à vocation sociale, celle du lieu conjoint à des liens qui ne demandent qu’à s’ouvrir à des relations. Et d’un même pas, l’on peut dire et soutenir : où donc et avec qui ? Ici même, au sol, au ras d’une herbe ou d’un bosquet sur la pierre dure, ou là-bas, au mur ajouré d’une cité. Sur l’ici de là-bas, le visage de l’homme se tient au rappel d’une corde en marchant sur la façade d’un immeuble. Et ce visage s’éclaire, tête en bas, en haut, de côté, qu’importe, tête perdue cherchant éperdument le lieu de son repos et celui de la rencontre. Ici aussi, tout près de nous, une table opérant comme une scène présente la réunion des compagnons, ceux qui partagent le pain des amitiés, du voisinage et de l’habitation. Les habitants, les participants sollicités, figurent une composition, au sens pictural d’une vivante nature et musical de la partition des hôtes, portes ouvertes sur l’accueil vécu et la présence effective, fenêtres à balcons frayant la dimension du site où peut s’établir un tel Lieu d’être. En ce lieudit, se festonnent les pas heurtés de corps en quête de fraternité, dans une mise en mouvement de l’espace.

Annick Charlot et les danseurs de la Compagnie ACTE font découvrir et vivre un rythme né de la séparation des corps, néanmoins tout à leurs relations en cours, et à leur course. Nous entrons avec eux dans un trajet de pas motivant l’espace et le mobilisant. Les danseurs ne se déplacent pas seulement dans l’espace. Ils donnent rythme en se donnant à la danse. Le rythme, s’inscrivant à même le pas de cette danse n’est pas un mouvement dans l’espace, au sens où les corps se déplacent sur un sol ou sur un mur, le traversent ou le parcourent, mais un mouvement de l’espace. L’espace de cette danse nous meut et nous émeut. C’est sa force symbolique intrinsèque. Au sein de cet espace suscité, le spectateur est saisi en rythme dans le pas, non seulement dans les pas des danseurs, mais dans le pas de la danse elle-même. Nous dansons avec la danse. Cette danse-là nous jette par les deux jambes le corps en avant. Elle nous met en rapport avec ce qui se passe et se dit entre les partenaires. Cette fois-ci, avec les participants et les spectateurs associés, la danse intéresse et trace notre mouvement de sujet dans notre acte, nous donne le corps à danser. Afin de pouvoir danser, il convient que soit ménagé un espace séparé. L’expression Entrez dans la danse dit bien cette mesure où se lance et se jette un corps à son acte, qu’il s’agisse de danser, de bâtir, de chanter, de parler, etc. Une expansion se livre alors à la clarté du monde dans la matière transformée, celle des éléments du monde certes, mais aussi, par exemple, celle d’une danse à son lieu, créant poème à la faveur de ses mouvements. Se révèle ici « l’originaire verticalité humaine » (Philippe Grosos), sa flamme. Elle se donne jusqu’à ce jour de marche où s’affirme notre assise sur la terre ferme et fragile, sous le ciel d’une présence tout aussi ferme, et motrice. Il n’y a pas d’être sans lieu. La danse, par excellence, donne lieu à notre être en voie d’existence, sur les pas d’un chemin où le vivre ensemble, certes cahotant, trébuchant, se fait à même la marche, fut-elle saccadée, objet de boiteries, dans le heurt des corps au plancher de la matière rauque et rugueuse d’un sol dur et pesant, comme sur une musique donnant volumes et sons à notre en-marche. La danse existe le lieu.

L’on peut courir, à pas rompus, sur la face du monde pour révéler la figure de l’humanité, une aux multiples visages. À toute profondeur comme aimait à le dire le peintre Nicolas de Staël. De fait, comment redonner le sentiment d’appartenir à l’espace de notre commune présence, celle où l’habiter se conjugue avec le vivre ensemble ? En dansant. Il s’agit d’un lieu d’être pour exister, pour ex-sister, c’est-à-dire pour avoir sa tenue hors de soi, en soi plus avant – et y aller, oser. C’est un lieu visant à porter notre être au fil aplomb de son poids sur les murs d’un bâtiment. Un être humain faisant oiseau de son vol demeure à jamais un homme, par l’ancrage de ses pas sur le sol du langage, poussant sa voix singulière dans les branches du souffle, né qu’il est dans le champ de paroles où des enfants babillent encore dans les villes quand le ramage des oiseaux n’a pas déjà cessé. Le poète René Char écrivait en 1944 : “Trouveras-tu aujourd’hui quelqu’un à qui parler, aux côtés de qui te rafraîchir ? Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, la liberté et l’espérance, les jeux et le bonheur; il s’apprête à descendre au centre même de notre vie pour éteindre le dernier foyer, celui de la Rencontre.” Gardons vive en nous la possibilité de la rencontre.

Dans le paysage des barres d’immeubles, barres parallèles pour l’alliance des humains et non praticable du seul exercice gymnique du danseur, Annick Charlot a planté le paysvisage de l’homme en compagnie de soi-même, des autres et du monde. Elle nous invite à y être en acte, en paroles et en gestes, sans céder jamais. Depuis Resistencia jusqu’à ce jour, en passant par Résilience, nos manières d’aimer, le désir d’y être, et d’être là avec, se fait plus insistant, dans la résidence sublime du lieu natif de la parole souveraine, parce que nous sommes, de façon inaliénable, des êtres humains.

Araigne grêle sur les parois du séjour, mobile est l’image de l’homme en mouvement – et ce, dès l’aube de ses jours.

Le dos au sol, la face au vent, une poussée du dedans se porte sur le devant. Elle cherche Autre chose, et le trouve, en gloire et majesté, du moins pour ce qui concerne les séances d’un soir d’automne, à l’orée d’une nuit surfilant de son avènement un jour en sa disparition. C’est une fresque à l’incorporation des couleurs. Voix de couleur depuis les balcons. Chant de brume célébrant la traversée de la barre vaisseau. Couleurs et voix entrelacées. Une graine d’éternité sur un pavé de lune. Il y a lieu d’être là, sur la terre ferme de nos incertitudes et sur celle labourée de nos doutes, d’être là avec les pourchassés du pouvoir, les délogés perpétuels du rejet, les malmenés du refus, à côté de ceux dont la chair est concassée à même l’essor de ses premiers mouvements. L’air de la cité où se respire la fraternité d’une citoyenneté n’est d’aucune nation répertoriée. Et cet envol au mur dit le désir de s’affranchir des pesanteurs de la censure, du poids des refus, des misères de l’intolérance.

Ici, la profondeur à forme d’éclair est la joie d’un regard porté sur le monde, et d’en haut, élevant l’homme jeté dans le monde que nous sommes. Elle n’est pas un pur reflet, ni un simple miroir, mais une image, une résonance, une graphie, une façon de dire et de danser en chœur. Il y a, dans la danse d’Annick Charlot, des accents dignes du chœur antique, là, sur l’agora de la rencontre en quête de son lieu.

C’est un travail tissé entre la chair des murs sous le regard du ciel, au tableau d’un vol entre ciel et terre, dans le corps accordé de cordistes s’explorant au ras nu de la création – comme le rêve en appelle à rejoindre d’autres bords, d’autres possibles, feintant le vertige en donnant essor de geste au rapt dont il pourrait nous menacer. La peur est la source principale de nos résistances. Ce n’est pas le vertige qui nous tient et nous retient cette fois. Non, c’est une sourde émotion. Nous ne saurions la prononcer. Cependant, nous l’éprouvons. Elle se dispense en nous à la lueur d’une musique où parfois des paroles nous appellent et nous portent. Oui, il s’agit là d’une portance, d’une signifiance et d’un partage. Une partance également s’expose là, sous nos yeux, dans un silence qui se transfuse dans les pas au mur rythmés à la vitesse d’un songe et à l’empan d’une épopée. Notre sensation de base se déploie au goût des choses perdues dans la passion de l’obstacle. Au début, une simple narration de premiers pas se lance sur le parvis d’un immeuble le long du cours Lafayette. L’on pressent que l’altitude sera prise, celle d’un lieu d’être, réel, d’où pourront s’engendrer le faire et, avec ce faire dépassé, l’acte. L’acte d’une belle et profonde parole surgit ainsi des pas de l’homme au trajet de son devenir quand il va à la rencontre de l’autre et de soi-même. Et la danse le dit. Je ne rencontre pas l’autre si je ne me rencontre pas moi-même. Je ne me rencontre pas si je ne rencontre pas un autre.

Des pas d’homme tendent la main à l’Autre, sur la surface réjouie de deux immeubles se faisant face, séparés par une place publique où des proches peuvent circuler ou jouer, afin de susciter le sentiment d’exister et celui de l’appartenance. Le ballet aérien de la mise en mouvement des corps nous conduit à ce lieu d’être où se grave en nous la voix du collectif humain qui lui donne saveur et vie, existence.

Et cela demeure à jamais sauvé par la danse.

Lyon, Novembre 2010