Amour et sexualité au fil de la vie, Céline Dessaigne, éditions unicité, 2026
« La parole, amie de l’humain… »
J’aime cet essai car il est apaisant, et, de plus, lumineux. Une éloquente simplicité, subtile et éprouvée, en fait la force, animé qu’il est d’une profonde et foncière bonté. Il parle du sexe, du sexuel et de la sexualité dans leur relation avec l’amour, tels que nous les vivons humainement. Voilà un livre de bon sens, de longue expérience, de mûre réflexion sur les arcanes de la vie déclinés au fil de la vie. « Ce texte est une balade dans la sexualité. Il tente d’en raconter le réel, la construction et l’évolution », est-il écrit dès l’avant-propos (page 13, je souligne), assorti de cette précieuse indication : « Surtout, ne me croyez pas » (page 18), mais laissez résonner.
Le style singulier de l’écriture de Céline Dessaigne se confirme là. Toujours un usage personnel des formulations soutient une perpétuelle tout autant qu’agréable surprise, celle qui porte le goût d’en poursuivre la lecture. Notre lecture se déplie comme un jeu de piste à travers les sentes du désir, les passes du plaisir, les orées de l’amour. Il fait bon se donner au souffle de ce texte et j’ouïr de sa résonance en soi. L’auteure ne dissocie pas le sexe et le cœur, dans leurs éventuelles joies comme en leurs tourments. Ainsi, une propulsion, faite de tension et de détente, peut s’allier à se fermer ou à se retirer. Ce livre parle des mots de la vie tels que désir, plaisir, solitaire ou partagé, excitation, pénétration, orgasme – j’aime comme elle évoque, avec tendresse, les fesses. Les différences de narration entre hommes et femmes relatives à ces termes sont ici soulignées et entretenues. « Il se dit… », « Elle se dit… » en sont une expression (page 62). De même que la distinction des mots, par exemple : entre ardeur et violence (page 53) ou Du sens des expressions (page 73). Le texte se parsème de questions auxquelles il répond avec rigueur et sincérité.
Amour et sexualité au fil de la vie est un éloge de la diversité, du multiple, pour une vie qui vaut la peine d’être vécue sur des « chemins neufs » (page 53), une célébration du pluriel qui ne renie point la singularité de chaque personne ni ce qu’ont d’initiant nos premières fois, toute première fois. Là, se tisse ce qui est chute, dans l’entrelacs de ce qui est intriqué, « pulsion, désir et sentiment amoureux de répondent et s’entretiennent » (page 58) et, du coup, impliqué (la part de l’engagement) dans les relations du sexuel et de l’émotionnel, de la sensibilité et de la sensualité.
Céline Dessaigne insiste à dire ce qui change avec le temps, la venue des enfants, la montée des tensions, la restriction des lieux intimes, la chambre, « chambre banale, mais notre chambre », écrivait jadis Mireille Sorgue. Ou « le lit, encombré du passé » (page 74). La perspective d’une séparation guette le couple que l’auteure choisit de garder ensemble. Le poids du passé de chacun est nécessairement de la mise avec la révélation d’une forme de cruauté car l’altérité de l’autre nous met à l’épreuve. Ce livre développe certains aspects de la vie avec l’autre sous la forme d’un dialogue entre quatre amies.
Les pages consacrées au mouvements réels et/ou fantasmés d’une autre relation décrivent bien ce que nous traversons en pareille passe qui parfois s’avère être une impasse ou ne pas honorer nos attentes. Il s’agit sans doute davantage d’une recherche d’amour, de reconnaissance et de dialogue, car, entre amants, nous nous parlons, nous aimons à nous dire, encore et encore.
Le temps passe. Les jours s’écoulent. Les heures se nimbent du vieillir. Vieillir, certes, je le vis constamment. Mais le vieillissement impose de vivre avec ce qui ne sera plus. Ce n’est point déception. C’est remaniement du rapport à l’autre de ma vie et souvent discord, traversée de solitude, vulnérabilité renouvelée… Elle a plus de quatre-vingt ans, et j’aime à la regarder se dévêtir, j’aime toujours son corps marqué par les traces du temps, comme le mien aussi. Oui, honorer la vie, c’est recevoir ce qu’elle nous donne de vivre au fil du temps, venus d’un ailleurs invisible et bordé de tendresse. En toute liberté.
Joël Clerget, juillet 2026
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