Donald W. Winnicott, Quarante ans après sa mort, mercredi 26 janvier 2011, 20 H. Lyon

  • Conférence
  • Donald W. Winnicott
  • Quarante ans après sa mort
  • En mémoire du psychanalyste anglais, nous parlerons de l’originalité de son œuvre et de sa pratique. Comment concevoir l’espace potentiel et le phénomène transitionnel, les relations de l’être et du faire, la place de la culture et de la créativité, la situation du jeu ?
  • Comment Winnicott a-t-il répondu, pratiquement et conceptuellement, aux questions soulevées par la clinique ?
  • Conférence ouverte à toute personne désireuse d’entendre la ” voix” de ce clinicien.
  • Date : mercredi 26 janvier 2011, 20 H
  • Participation aux frais : 10 €
  • Lieu : dans les locaux de l’Agora Tête d’Or, 93, rue Tête d’Or - 69006 Lyon
  • Inscription : joel.clerget@free.fr ou 04 78 39 81 98

Souffle, rythme et contact, Portance, 29 janvier 2011,14h30, Paris

Association Internationale Henri Maldiney Paris
Dans le sujet de l’année 2010-2011
Le pathique
Souffle, rythme et contact
Portance

29 janvier 2011,14h30
à la Société de Psychanalyse Freudienne, 23 rue Campagne Première, 75014 Paris

L’étymologie grecque du mot psychanalyse, psuchos analuein, signifie délier le souffle. À partir de l’œuvre de Henri Maldiney, nous envisagerons une articulation du souffle et du rythme, lorsqu’il s’agit, non pas seulement d’être, mais d’exister. D’exister dans un contact où le sentir se donne à la dimension d’une rencontre dans laquelle s’engendre l’avènement-événement d’une présence. D’exister dans le chiasme des sens, quand une main nous parle et quand une voix nous touche sous le regard de l’Autre.

Joël Clerget, Psychanalyste, écrivant, Lyon, Membre de l’Association Internationale Henri Maldiney, Membre affilié de la Société de Psychanalyse Freudienne
Lien :joel.clerget@free.fr

Le bébé prématuré : de quoi a-t-il besoin pour grandir ? Le mardi 18 janvier 2011 à 19h30, Lyon

Conférence
Le bébé prématuré : de quoi a-t-il besoin pour grandir ?

Le mardi 18 janvier 2011 à 19h30

à la Maison des Associations de la Croix-Rousse, 28, rue Denfert-Rochereau, 69004 Lyon Métro Croix-Rousse

Conférence animée par Joël Clerget et Élodie Delafon

Illustrée en images à travers «Histoires d’avant» éd. Lieux-Dits

Un bébé né avant terme est loin d’être prêt pour se confronter au monde et pourtant, sa survie en dépend. Les parents ne s’attendent pas à cette rencontre précoce et peuvent avoir du mal à apprivoiser leur enfant. Les professionnels, eux, ont aussi la charge de faire le lien.
Cette conférence abordera la sensorialité du bébé prématuré, la place de la parole, du toucher. Comment parler à son enfant de sa naissance prématurée, et de ses premières semaines de vie ?

Les photos du Dr F. Berne Audéoud du CHU de Grenoble, projetées pendant la conférence, donneront un regard d’émerveillement.

Élodie Delafon est psychologue et membre de l’association SOS Préma

Tarif normal: 7€. Adhérents et tarif réduit : 5€

Réservation obligatoire sur le site : www.lacausedesparents.org
Conférence organisée par La Cause des Parents, réseau d’échange, d’information et d’entraide entre parents.
lien :maisonparentalite@free.fr
Tél : 04 78 27 96 08

Lieu d’être, Compagnie Acte, Annick Charlot, danse

Compagnie Acte

Annick Charlot

Lieu d’être

2010

Un parcours – un trajet – un enjeu d’existence

« L’appréciation de l’art met donc les gens en équilibre sur un fil, peut-être justement parce que la perfection est si proche de l’échec. »

Donald W. Winnicott

Conversations ordinaires


C’est une déambulation du temps sur les pas de l’espace, à front de mur, à corps ouverts et sol aiguisé. C’est une tendresse à vocation sociale, celle du lieu conjoint à des liens qui ne demandent qu’à s’ouvrir à des relations. Et d’un même pas, l’on peut dire et soutenir : où donc et avec qui ? Ici même, au sol, au ras d’une herbe ou d’un bosquet sur la pierre dure, ou là-bas, au mur ajouré d’une cité. Sur l’ici de là-bas, le visage de l’homme se tient au rappel d’une corde en marchant sur la façade d’un immeuble. Et ce visage s’éclaire, tête en bas, en haut, de côté, qu’importe, tête perdue cherchant éperdument le lieu de son repos et celui de la rencontre. Ici aussi, tout près de nous, une table opérant comme une scène présente la réunion des compagnons, ceux qui partagent le pain des amitiés, du voisinage et de l’habitation. Les habitants, les participants sollicités, figurent une composition, au sens pictural d’une vivante nature et musical de la partition des hôtes, portes ouvertes sur l’accueil vécu et la présence effective, fenêtres à balcons frayant la dimension du site où peut s’établir un tel Lieu d’être. En ce lieudit, se festonnent les pas heurtés de corps en quête de fraternité, dans une mise en mouvement de l’espace.

Annick Charlot et les danseurs de la Compagnie ACTE font découvrir et vivre un rythme né de la séparation des corps, néanmoins tout à leurs relations en cours, et à leur course. Nous entrons avec eux dans un trajet de pas motivant l’espace et le mobilisant. Les danseurs ne se déplacent pas seulement dans l’espace. Ils donnent rythme en se donnant à la danse. Le rythme, s’inscrivant à même le pas de cette danse n’est pas un mouvement dans l’espace, au sens où les corps se déplacent sur un sol ou sur un mur, le traversent ou le parcourent, mais un mouvement de l’espace. L’espace de cette danse nous meut et nous émeut. C’est sa force symbolique intrinsèque. Au sein de cet espace suscité, le spectateur est saisi en rythme dans le pas, non seulement dans les pas des danseurs, mais dans le pas de la danse elle-même. Nous dansons avec la danse. Cette danse-là nous jette par les deux jambes le corps en avant. Elle nous met en rapport avec ce qui se passe et se dit entre les partenaires. Cette fois-ci, avec les participants et les spectateurs associés, la danse intéresse et trace notre mouvement de sujet dans notre acte, nous donne le corps à danser. Afin de pouvoir danser, il convient que soit ménagé un espace séparé. L’expression Entrez dans la danse dit bien cette mesure où se lance et se jette un corps à son acte, qu’il s’agisse de danser, de bâtir, de chanter, de parler, etc. Une expansion se livre alors à la clarté du monde dans la matière transformée, celle des éléments du monde certes, mais aussi, par exemple, celle d’une danse à son lieu, créant poème à la faveur de ses mouvements. Se révèle ici « l’originaire verticalité humaine » (Philippe Grosos), sa flamme. Elle se donne jusqu’à ce jour de marche où s’affirme notre assise sur la terre ferme et fragile, sous le ciel d’une présence tout aussi ferme, et motrice. Il n’y a pas d’être sans lieu. La danse, par excellence, donne lieu à notre être en voie d’existence, sur les pas d’un chemin où le vivre ensemble, certes cahotant, trébuchant, se fait à même la marche, fut-elle saccadée, objet de boiteries, dans le heurt des corps au plancher de la matière rauque et rugueuse d’un sol dur et pesant, comme sur une musique donnant volumes et sons à notre en-marche. La danse existe le lieu.

L’on peut courir, à pas rompus, sur la face du monde pour révéler la figure de l’humanité, une aux multiples visages. À toute profondeur comme aimait à le dire le peintre Nicolas de Staël. De fait, comment redonner le sentiment d’appartenir à l’espace de notre commune présence, celle où l’habiter se conjugue avec le vivre ensemble ? En dansant. Il s’agit d’un lieu d’être pour exister, pour ex-sister, c’est-à-dire pour avoir sa tenue hors de soi, en soi plus avant – et y aller, oser. C’est un lieu visant à porter notre être au fil aplomb de son poids sur les murs d’un bâtiment. Un être humain faisant oiseau de son vol demeure à jamais un homme, par l’ancrage de ses pas sur le sol du langage, poussant sa voix singulière dans les branches du souffle, né qu’il est dans le champ de paroles où des enfants babillent encore dans les villes quand le ramage des oiseaux n’a pas déjà cessé. Le poète René Char écrivait en 1944 : “Trouveras-tu aujourd’hui quelqu’un à qui parler, aux côtés de qui te rafraîchir ? Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, la liberté et l’espérance, les jeux et le bonheur; il s’apprête à descendre au centre même de notre vie pour éteindre le dernier foyer, celui de la Rencontre.” Gardons vive en nous la possibilité de la rencontre.

Dans le paysage des barres d’immeubles, barres parallèles pour l’alliance des humains et non praticable du seul exercice gymnique du danseur, Annick Charlot a planté le paysvisage de l’homme en compagnie de soi-même, des autres et du monde. Elle nous invite à y être en acte, en paroles et en gestes, sans céder jamais. Depuis Resistencia jusqu’à ce jour, en passant par Résilience, nos manières d’aimer, le désir d’y être, et d’être là avec, se fait plus insistant, dans la résidence sublime du lieu natif de la parole souveraine, parce que nous sommes, de façon inaliénable, des êtres humains.

Araigne grêle sur les parois du séjour, mobile est l’image de l’homme en mouvement – et ce, dès l’aube de ses jours.

Le dos au sol, la face au vent, une poussée du dedans se porte sur le devant. Elle cherche Autre chose, et le trouve, en gloire et majesté, du moins pour ce qui concerne les séances d’un soir d’automne, à l’orée d’une nuit surfilant de son avènement un jour en sa disparition. C’est une fresque à l’incorporation des couleurs. Voix de couleur depuis les balcons. Chant de brume célébrant la traversée de la barre vaisseau. Couleurs et voix entrelacées. Une graine d’éternité sur un pavé de lune. Il y a lieu d’être là, sur la terre ferme de nos incertitudes et sur celle labourée de nos doutes, d’être là avec les pourchassés du pouvoir, les délogés perpétuels du rejet, les malmenés du refus, à côté de ceux dont la chair est concassée à même l’essor de ses premiers mouvements. L’air de la cité où se respire la fraternité d’une citoyenneté n’est d’aucune nation répertoriée. Et cet envol au mur dit le désir de s’affranchir des pesanteurs de la censure, du poids des refus, des misères de l’intolérance.

Ici, la profondeur à forme d’éclair est la joie d’un regard porté sur le monde, et d’en haut, élevant l’homme jeté dans le monde que nous sommes. Elle n’est pas un pur reflet, ni un simple miroir, mais une image, une résonance, une graphie, une façon de dire et de danser en chœur. Il y a, dans la danse d’Annick Charlot, des accents dignes du chœur antique, là, sur l’agora de la rencontre en quête de son lieu.

C’est un travail tissé entre la chair des murs sous le regard du ciel, au tableau d’un vol entre ciel et terre, dans le corps accordé de cordistes s’explorant au ras nu de la création – comme le rêve en appelle à rejoindre d’autres bords, d’autres possibles, feintant le vertige en donnant essor de geste au rapt dont il pourrait nous menacer. La peur est la source principale de nos résistances. Ce n’est pas le vertige qui nous tient et nous retient cette fois. Non, c’est une sourde émotion. Nous ne saurions la prononcer. Cependant, nous l’éprouvons. Elle se dispense en nous à la lueur d’une musique où parfois des paroles nous appellent et nous portent. Oui, il s’agit là d’une portance, d’une signifiance et d’un partage. Une partance également s’expose là, sous nos yeux, dans un silence qui se transfuse dans les pas au mur rythmés à la vitesse d’un songe et à l’empan d’une épopée. Notre sensation de base se déploie au goût des choses perdues dans la passion de l’obstacle. Au début, une simple narration de premiers pas se lance sur le parvis d’un immeuble le long du cours Lafayette. L’on pressent que l’altitude sera prise, celle d’un lieu d’être, réel, d’où pourront s’engendrer le faire et, avec ce faire dépassé, l’acte. L’acte d’une belle et profonde parole surgit ainsi des pas de l’homme au trajet de son devenir quand il va à la rencontre de l’autre et de soi-même. Et la danse le dit. Je ne rencontre pas l’autre si je ne me rencontre pas moi-même. Je ne me rencontre pas si je ne rencontre pas un autre.

Des pas d’homme tendent la main à l’Autre, sur la surface réjouie de deux immeubles se faisant face, séparés par une place publique où des proches peuvent circuler ou jouer, afin de susciter le sentiment d’exister et celui de l’appartenance. Le ballet aérien de la mise en mouvement des corps nous conduit à ce lieu d’être où se grave en nous la voix du collectif humain qui lui donne saveur et vie, existence.

Et cela demeure à jamais sauvé par la danse.

Lyon, Novembre 2010