Publication: Corps, image et contact, érès, 30 octobre 2014
En librairie le 30 octobre 2014
Corps, image et contact
Une présence à l’intime
Ce livre est le témoignage vivant d’une double expérience, celle de la psychanalyse et de l’haptonomie (pré et périnatale). Il situe le contact et la sensorialité dans les relations humaines engageant la dimension esthétique (beauté du geste, sensation) et l’existence. Il articule une réflexion sur les rapports de ces deux pratiques au plan de la clinique quotidienne comme à celui de leur élaboration conceptuelle. L’auteur envisage les correspondances et les discordances existant entre ces deux champs, leur contribution respective à la vie des êtres humains que nous sommes dans la relation de soi à soi, aux autres et au monde. Cet essai inscrit l’inconscient dans le contact, le tact faisant partie intégrante de ces pratiques. Le corps, l’image et le contact viennent ici rencontrer notre intimité. Cette approche phénoménologique par les sens et leur entrecroisement dit combien il s’agit de sentir et de se mouvoir, la qualité du sentir s’ouvrant à un ressenti et la dynamique du se mouvoir s’offrant au mouvement. Leur alliance a lieu dans des relations réunissant le souffle, le mouvement et la voix, le contact et la main, la vie elle-même.
Collection « L’ailleurs du corps », dirigée par Patrick Ben Soussan
16 x 24 – 250 pages – 25 €
En librairie ou à défaut aux éditions érès – 33 avenue Marcel Dassault – 31500 Toulouse – France. Tél 05 61 75 15 76.
Site : www.editions-eres.com
Contact : eres@editions-eres.com
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Sommaire
Image et contact
L’image inconsciente du corps
Lieu de l’image, clinique, image et écho, pulsion
Institution de l’image du corps et schéma corporel
Image et contact, figure
L’image à son négatif au paysvisage de l’homme de l’art
La dimension haptique, apport de l’haptonomie, avec Frans Veldman
Notice lexicale et sémantique introductive : Pathique, haptique et thymique
L’hapsis comme expérience de l’altérité, clinique de l’hapsis
Détente, clémence du contact
Respect de l’être avec le souffle de vie
À fleur de peau, la touche
Fond endothyme et réintégration sensitive de la base
Existence, contact et décision, avec Henri Maldiney
L’intime
Facettes et figure. Déclinaison de l’intime au contact de l’Autre
L’impossible intime
Totem et tabou du contact, une contagieuse contiguïté
Notion et voix de l’intime
Espace de l’intime, visage et don
Subtile pratique de l’intime, figure et objet
Voix d’Autre
Le sensible en la main donnée
L’arche du contact
Apport de la peau, voix de main
Science du cerveau au contact de la plasticité
L’aube des sens
Se sentir maman au contact
Être-là l’ouvert à la main
Physionomie du contact
La poïétique de l’être de désir dans l’œuvre écrite de Françoise Dolto
Une présence à l’intime
Langue et pensée de la jouissance
Du visage et du nom d’être
Main de voix
Narcisse et la poupée-fleur
Corps, image et contact. Une présence à l’intime, édtions érès, parution octobre 2014
Corps image et contact
Une présence à l’intime
Joël Clerget
Editions érès, parution octobre 2014
Qui suis-je ?
Je suis un clinicien engagé, engagé dans une pratique d‘enseignement et d’écriture aussi.
Dans ce livre Corps, image et contact. Une présence à l’intime, érès 2014, je témoigne de l’articulation de mes deux expériences professionnelles : la psychanalyse et l’haptonomie pré et périnatale. Une approche phénoménologique guide aussi mes réflexions. De plus, mes origines paysannes donnent à mes propos et à mes élaborations conceptuelles une couleur de terre et de ciel à laquelle je tiens beaucoup. Car j’aime à rester foncièrement pragmatique.
Inspiration et conception du livre
Après avoir écrit La main de l’Autre, également paru chez érès, j’ai toujours eu le désir de transmettre l’expérience de ces deux activités cliniques. J’ai aussi le souci de donner à entendre aux lecteurs comment elles se répondent. J’ai donc conçu ce livre à la manière d’une partition, avec thèmes et variations. Le mot de résonance y est central et organisateur.
Quelle est l’originalité de son approche ?
L’originalité de ce livre tient à ce je présente ici mes réflexions de psychanalyste ayant la pratique de l’haptonomie prénatale. Comment l’une et l’autre expériences se rapportent-elles l’une à l’autre ou se contredisent, s’allient ou se séparent. Une pensée à forme de parole adressée réfléchit ici à l’entrecroisement comme à la distinction, voire à la divergence de la psychanalyse et de l’haptonomie. Ma pratique met en cause le tabou traditionnel du toucher en psychanalyse au profit de la mise en avant de la dimension du contact. Faire entrer l’inconscient dans le contact, prendre en compte un contact alliant le corps et la parole, dans l’écoute et la présence, tel est l’enjeu et le paysage de ce livre. Le propos certes bouscule les idées reçues. Mais, quand on reçoit notamment des bébés, que serait une parole sans contact ? Que serait une parole qui ne toucherait pas ? Que serait un contact qui ne dirait rien à personne, qui ne parlerait pas, au sens large du mot, pas seulement avec des mots énoncés. Le silence dans le contact ouvre en nous l’aire de la parole.
Le sous-titre une présence à l’intime parle du paysvisage de l’être humain en lequel se révèle et se déploie notre existence. L’intime, le plus intérieur de l’intérieur, se donne à vivre dans l’immédiateté du contact. Traversant toute image de soi et de l’autre, dans le contact, nous sommes au présent de l’image inconsciente du corps. Nous le sommes de cœur. Nous le sommes de cœur au sein de la main donnée – maintenant. Ce livre parle de l’apport de Françoise Dolto, Frans Veldman, Henri Maldiney, Maurice Merleau-Ponty et de bien d’autres. Il comporte aussi une partie consacrée au style poétique déployé dans l’œuvre écrite de Françoise Dolto. J’y tenais beaucoup.
À qui s’adresse-t-il ?
Ce livre s’adresse à tout clinicien et à tout professionnel, de la psychologie, de l’enfance, de l’éducation et de la santé. Il s’adresse aussi aux parents et aux éducateurs au sens large du mot.
Situation actuelle du sujet de ce livre
Corps, image et contact prend place dans les débats et les réflexions actuelles concernant les différentes formes de thérapies. Il donne place au corps parce que nous sommes des sujets incarnés et à la parole sous toutes les formes où la parole se donne. En effet, la parole ne va jamais sans la chair. Il enrichit la réflexion sur les pratiques et les expériences de la vie, pour nous qui sommes en quête de sens et de signifiance à donner à notre vie, à notre vie de relation et de contact avec soi-même, avec le monde et avec les autres. La force poétique du propos s’allie à une rigoureuse élaboration conceptuelle pour que la réflexion soutenue demeure vive et vivante.
À vous lecteur de le découvrir et, si vous le désirez, de nous dire ce que vous en recevez en échange.
Vidéo et montage : Julien Salinas
lien : www.youtube.com/watch?v=t07fMMqf5mk
L’armoire des robes oubliées, Riikha Pulkkinen, Albin Michel, 2012
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L’armoire des robes oubliées
Riikha Pulkkinen, Albin Michel, 2012
L’air est plein d’attente
Riikha Pulkkinen
Ce livre s’ouvre sur deux exergues. L’un est de Isak Dinesen (Karen Blixen). Il dit le sort du chagrin : « On peut supporter tous les chagrins s’ils font partie d’une histoire ou si l’on en écrit une à leur sujet. »
L’autre est un extrait de Pierrot le fou (1965) de Jean-Luc Godard :
« Nous sommes faits de rêves et les rêves sont faits de nous.
Il fait beau, mon amour, dans les rêves, les mots et la mort.
Il fait beau, mon amour, il fait beau dans la vie.»
La première phrase de cette citation est reprise au cours du texte. S’ouvrant sur cette part intime du rêve, le livre raconte, dans l’accompagnement des derniers jours d’une femme à la maison, Elsa, le lieu où sont les êtres et les choses. Il parle ainsi du chant du merle noir comme du vol des hirondelles et de leurs cris. Pour le peintre qu’est Martti, le mari d’Elsa, la frontière entre nous et le monde s’abolit, les cris des oiseaux sont en nous, comme les rêves, et non plus seulement dans le ciel. Il pourrait peindre cela qui n’est pas le ciel, les hirondelles ou la lumière baignant la chambre, mais chacun de ces éléments en lui, devenant lui, comme l’évoquent les traités de peinture de la Chine ancienne.
Ce livre nous parle du chagrin, de ses variations selon les moments de la vie, de la singularité du chagrin de chacun, de ce que, quand il arrive, on peut le laisser venir à soi et l’apprivoiser, lui ménager de la place afin de parer à l’invasion de la terreur et de l’épouvante (p. 21). Cet accueil en soi du chagrin, comme il en est de la tristesse à en pleurer parfois, nous met à l’abri de l’épouvante et de la terreur, nous protège de celles-ci.
Comme seul il sait le faire, le rêve nous conduit ailleurs. Il nous amène autre part et vers d’autres. Porté par une sensation, aussi faible qu’une trace semblable à un parfum, il s’insinue en nous sans que l’on sache encore où son empreinte nous mène. Sans doute toujours, par sourire ou voix interposés, le rêve nous achemine-t-il vers des souvenirs et des éléments vécus dans le passé avec quelqu’un d’autre. Ici, on entend dès le départ comme il conduit vers une femme, plus même, vers une autre femme. « Dans le rêve, ce n’était pas Elsa », la femme de Martti, celle qui dort à ses côtés. D’ailleurs, au début du chapitre suivant, Eleonoora, leur fille, médecin, revient à la balançoire de ses six ans avec sa maman. Ce jardin qui revient en elle et à elle ramène avec lui une terreur enfantine qui n’avait pas de nom, « pur effroi informe », au moment même où elle réalise qu’elle sera bientôt orpheline, là, dans l’actuel de sa vie d’adulte, face à la mort annoncée de sa mère.
Les relations du grand-père Martti avec sa petite-fille Anna constituent la trame de ce livre. C’est elle, qui, trouvant une robe oubliée dans l’armoire de sa grand-mère Elsa, part à la découverte des secrets de famille, du secret de sa famille. Anna est face au temps. Elle est dans le temps, et son grand-père aurait aimé pouvoir lui dire : « Installe ta demeure dans les jours d’insouciance. Ils sont un rêve, mais tu n’as pas encore besoin de te réveiller » (p. 46).
La narration nous fait venir dans l’autre et dans ses éprouvés – comme en rêve – du lieu changeant du narrateur (p. 53). Devant la robe découverte par Anna, on se représente la fête : un homme et une femme se regardent, « ils savent que quelque chose a commencé ». Souvent l’auteure écrit : ils savent. Elle parle de savoir, d’un savoir déjà totalement inscrit dans un à venir encore ignoré des protagonistes, comme un éternel commencement se renouvelant à neuf à chaque génération. La grand-mère interroge Anna sur sa relation avec Matias, son compagnon. Elle s’interroge et nous interroge sur cette relation. À propos du sexe entre eux (p. 55), la grand-mère parle tout à fait librement de la chorégraphie de l’amour et fort à propos, de rythme. Elle parle du sexe comme d’une danse (« souvent le sexe est épatant si on le pense en termes de danse » p. 56), sur le fond de notre devenir où nous portons toujours en nous ce dont nous sommes issus, ce à partir de quoi Pascal Quignard ne cesse d’écrire.
L’armoire des robes oubliées exprime, avec pertinence et acuité, le retour inattendu des images dans une relation de vrai transfert. Par exemple (p. 64 sq.), quand une femme rencontrée à l’hôpital lui adresse la parole, le grand-père dit : « le plus difficile, ce fut d’en aimer une autre ». Il révèle alors, soudainement et malgré lui, sur l’interpellation de cette femme inconnue, le nom de la seconde : Eeva. « Voilà, c’était fait. Il venait de prononcer ce nom pour la première fois depuis des dizaines d’années » (p. 67). Et les images reviennent en force. Il laisse faire l’office de leur retour et il peut alors ajouter qu’il a aimé cette femme comme personne, et sa femme tout autant, « mais d’une autre manière. » Le voilà saisi par le désir de retourner à Tammilehto, mu par l’évocation d’Eeva. « Il voulait se retrouver en un lieu où conduire ses pensées jusqu’à leur terme. » (p. 70).
Il y a dans ce livre une superposition constante des lieux et des temps, qui se recouvrent et se découvrent, comme en une première fois, non celle du moment vécu exactement, quoique présent, mais comme une première fois de souvenir et de rêve entremêlés. Il était venu là, dans la maison de l’île au lac, avec Eeva et la petite Ella, Elsa étant partie pour son travail. Il réalise là combien l’abnégation et l’attachement d’Eeva ne lui convenaient pas. Le dévouement, ce pas que l’on fait hors de soi-même, la mettait en péril permanent dans son chemin vers l’autre. Elle fut entière en son amour, en cet espace où l’homme la voit disparaître et s’évanouir sous l’intensité de l’amour qu’elle a pour lui. Dans cette densité du souvenir et du lieu, les formes de la jeune femme font leur retour. Il peut alors la façonner, point par point (p. 73).
Quand, Anna portant cette robe, va retrouver son amie Saara, Eeva est ici, à ses côtés, en elle. Plus même, Anna devient Eeva en endossant l’habit de cette autre qu’elle est et qu’elle devient, par fréquentation de l’image interne d’Eeva. Son évocation exige de raconter l’histoire, toutes deux, Anna et Eeva croyant en cela : « Tout donner de soi et recevoir le monde entier ».
Nous voilà violemment transportés au temps daté de 1964. « L’amour commence sans préméditation » (p. 119). Nous sommes pris dans l’aube des commencements, dans leur force et leur prégnance, célébrés comme dans un hymne. « Au moment où tout commence, j’ai vingt-deux ans ». La parole est à Eeva qui se raconte en narrant son histoire de petite fille et de jeune femme, de 22 à 26 ans. Quatre ans de rageuse densité. Ce commencement sait la fin certaine sans toutefois vouloir ni pouvoir en entendre parler. Cela commence par le geste d’une fillette qui, portant sa poupée Molla dans les bras, tend la main vers elle. Ce geste ne la quittera plus jamais. Ce qui ne se sait pas encore, mais ne cessera de se révéler au fil du temps, est déjà en route sur le cours destinal. Il est ce à quoi on n’échappera pas, comme ce à quoi l’on n’aura pas échappé.
Dans de très belles pages, Riikha Pulkkinen parle de la confiance entière de l’enfant, toute faite de foi, à l’âge où il n’a pas encore été trompé. Elle évoque cette zone-plage où le chagrin n’a pas encore imprimé ses contours sur le visage (p. 101 et 186). Elle décrit la vision, reprise à deux fois, de ce qui n’est pas encore arrivé et ne manquera pas d’arriver. « Je suis celle, relate Eeva, qui dessinera le chagrin sur le visage de la petite… Elle sera celle qui dessinera en moi le chagrin ». Ella est celle qui les rendra totalement apathiques, elle-même Eeva, et Anna, au point de rester l’une et l’autre en des moments différents de leur vie, couchées par terre sans bouger des jours entiers (p. 101-102). Cette superposition d’Eeva et d’Anna, d’Eeva et d’Elsa, agit comme en surimpression.
Ces femmes à l’approche de l’eau froide du lac, entrant dans l’eau, Elsa et Eeva, nues, dans le regard de l’homme, sont comme le côtoiement perpétuel de deux réalités qui se heurtent sans cesse, plus même, qui s’entrepénètrent continuellement. Une sourde mélancolie prend le nom de culpabilité et paralyse quelque peu le prononcé du mot aujourd’hui, en français dans le texte. La partition d’Eeva dit l’avenir d’Eleonoora, Ella, ce qu’elle deviendra, son futur. Ce futur est marqué de la rétroaction quand Elsa parle à Eleonoora de sa naissance ou de la jouissance qu’elle éprouve, lors de ses nombreux voyages, au décollage de l’avion, et à la répétition de cette force obscure. Quand Elsa, sa mère, eut parlé : « Tout fut un instant à sa place, juste comme il se devait. Tout ce qui était important avait été dit » (p. 242) et la fille Eleonoora de se dire in petto que c’est pour ce moment-ci qu’elle a vécu.
Nous vivons de fins savoirs s’accumulant en nous, un savoir sensoriel, l’accroche d’une vision, d’un son, d’une odeur, les façons d’être et de faire de l’aimé, comment il se brosse les dents. Nous portons en nous ce savoir comme un trésor inaltérable, fait d’amour et d’expérience. Cette appréhension de l’autre le laisse autre et étranger à nous, cet autre que nous regardons et dans le regard de qui nous vivons.
Ce qui se termine aura eu la durée de la relation et tout le temps de la vie. Le parcours va jusqu’à la porte, à un tel seuil de durée qu’il s’achève sur une porte qui se clôt, au point de couler dans les rainures du plancher, expression qui revient plusieurs fois dans le texte. En ce lieu, fond l’être, l’être se fond. Il se fonde en ce lieu d’être. « Une goutte d’eau, toute ronde, se forme au bout d’un brin d’herbe et le soleil étincelle derrière la sapinière. C’est là que je suis. En réalité je ne me trouve jamais ailleurs qu’à la lisière de la prairie » (p. 361). Exister, se tenir hors soi et en soi plus avant, c’est se tenir toujours à une lisière, à un liseré d’être.
Ce livre dit combien, d’avoir trouvé place et lieu dans le poème des éléments du monde et dans le nom meurtri de soi par le mensonge qui creuse un trou dans le cœur, au point de n’être plus qu’une image, ce qui se profile, c’est la disparition de soi, dans la disparition de la voix, en ce point précis où entrer dans l’eau et nager à l’extrême nous plongent et nous immergent en un espace d’où nous savons pertinemment que nous ne reviendrons pas. Nous le savons. Anne de Staël le disait de son père Nicolas de Staël lorsqu’il s’aventurait dans les flots de la Méditerranée, loin du bord, creusant ainsi, sous le regard intrigué de sa fille, le naufrage affligé d’un non retour. Nous y allons toutefois quand la vie et la mort s’entretoisent à un point tel qu’aller au-delà de ses forces ne relève déjà plus du défi, mais de l’accomplissement de soi pour la mort. Telle aura été, pour Anna la chercheuse, la vie d’Eeva l’amoureuse.
L’armoire des robes oubliées, traduit par Claire Saint-Germain, est la traduction française, très colorée, aisément lisible, du titre finnois Totta. Ce mot signifie : C’est vrai. Pour de vrai. Telle est bien la réalité du rêve et de la vie dont ce livre porte témoignage. Le rêve y est une réalité et la réalité se connecte à des images qui émergent ici comme des pousses d’arbres nordiques ou des fleurs, des souvenirs et des évocations de la culture finnoise. Nous sommes en Finlande certes, au pays des saunas, des lacs et des tartes aux myrtilles, mais le site revêt tout à la fois la précision géographique de cette terre-là et la valeur universelle du séjour et du voyage.
Joël Clerget
Été-automne 2012
Souscription à l’ouvrage collectif, Henri Maldiney : penser plus avant
Les Éditions de La Transparence ont le plaisir de vous annoncer la publication du volume collectif Henri Maldiney : penser plus avant…
À la suite du colloque qui s’est tenu à Lyon les 13 et 14 novembre 2010 à l’initiative de l’Association internationale Henri Maldiney, nous avons réuni les textes de tous les intervenants et intégré une étude inédite. Trois textes très rares d’Henri Maldiney ouvrent le livre. Le sommaire de l’ouvrage est reproduit ci-après.
Afin de bénéficier d’une remise exceptionnelle de 20 % sur le prix public (22€), nous vous invitons à vous adresser au lien suivant ou en demandant le bon de commande à Joël Clerget, joel.clerget@free.fr , avant le 30 novembre 2011, pour l’acquérir au prix de 17,60 € l’exemplaire. L’ouvrage vous sera livré (franco de port) à la fin de l’année 2011.
Les Éditions de La Transparence — 8, avenue des Pommerots, 78400 Chatou
01.39.52.62.74 — www.editionsdelatransparence.com
Henri Maldiney : penser plus avant…
Sommaire
Présentation, Jean-Pierre Charcosset
Henri Maldiney, textes
Sur le Vertige
Notes sur le rythme
Rencontre et ouverture du réel
L’homme, un vivant habitant l’espace, Roger Brunot
Parler, respirer, questionner
Parler n’est pas discourir, Bernard Rordorf
L’intonation, commencement du poème, Roger Dextre
Le linguiste, le philosophe et le temps, André Sauge
Janus en psychiatrie, Pierre-Marie Charazac
Rencontrer, soigner
L’engendrement du corps propre (approche clinique et portée critique), Dominique Thouret
Rencontre et ipséité, Joël Bouderlique
Regarder, habiter, ouvrir
L’espace créateur : une ouverture à la réalité psychique, Bernard Chouvier
« Notre condition d’être n’est pas, nous ne sommes qu’à l’exister », Yannick Courtel
Se mouvoir et sentir, regarder et habiter, respirer
L’efficace du vide, l’écoute des blancs dans la parole, Colette Combe
Souffle, rythme et contact dans la dimension haptique, Joël Clerget
L’écriture à l’orée du geste, Bernard Cadoux
Prendre, comprendre
Une pure coïncidence. Autour de l’Un, Sarah Brunel
L’apport d’Henri Maldiney à la compréhension des psychoses, Fernando Landazuri
Une obstinée rigueur, Jean-Pierre Charcosset
Spirale, N° 58, érès, juin 2011, Les vacances de Monsieur Bébé
Spirale N° 58
Les vacances de Monsieur Bébé
Témoignages, réflexions
Pratique
Coordonné par Joël Clerget
Parution le 10 juin 2011, 15 €
Dans la série La grande aventure de Monsieur Bébé,
voici l’épisode Bébé part en vacances. Les vacances d’un
bébé requièrent-elles quelques aménagements
particuliers ? Un bébé part-il en vacances ? Nous
aimerions que les parents et les professionnels redécouvrent
le sens, la valeur et la portée du mot
vacance(s) dans la vie d’un bébé, dans la vie de leur
bébé. Plusieurs acceptions de ce mot sont ainsi réunies et
distinguées.
Dans ce numéro de Spirale, nous vous convions à une
balade. Comme tout voyage, ce trajet comporte les
risques inhérents aux transports et aux lieux de séjour.
C’est un voyage dans la campagne des textes et leurs
florilèges. C’est un séjour à la montagne d’un guide
pratique relatif aux risques et aux aléas potentiels des
pérégrinations avec un bébé. C’est un repos de bord de
mer sur la plage d’expériences diversifiées et singulières.
Nous ne voulons pas tout dire sur les vacances d’un
bébé, mais assez pour que chacun puisse inventer son
style et promouvoir l’originalité de sa pratique des
vacances avec un bébé, avec son bébé.
Les vacances de Monsieur Bébé
Sommaire
Si proche encore de la naissance, pas de vacance…
L’invitation au voyage, Paul Cesbron,
Hier, aujourd’hui, demain, je suis né, Françoise Jay,
Retour avant, Vivantes vacances vécues, Joël Clerget,
Transport de la voix suivi de Vacance, Anne Saint Prix,
Vous avez dit vacances ?, Isabelle Pinçon
Enfants, parents et grands-parents
Souvenirs de vacances avec ou sans enfants
Témoignages d’enfants :
Antonin, Jeanne et Camille ;
Plage, Anne Saint Prix ;
de parents : Regards croisés sur les vacances en famille, Élodie Delafon Romefort et Laurent Romefort,
Et si l’on attendait un peu avant de confier nos enfants, Elisabeth Martineau,
Voyages, vacances, Evguénia, danseuse et Maxime, comédien ;
de grands parents :
Arcanes de vacance à l’âme pour de belles vacances… Noëlle Nugier,
À 1000 km de distance, Bernadette Griot,
Lieux de vacances à bébé, Joël Clerget
Professionnels, allers et retours
Les vacances de Monsieur Bébé vu par le personnel de « Pierrot et Colombine » du plateau d’Hauteville. Brainstorming recueilli par Anna Pinelli,
Baby Friendly ? Exercice de style, Marcel Sanguet,
Un bébé s’endort, un bébé s’éveille, Patricia Denat, Assistante maternelle
Pratique
Bébé n’est pas un bagage accompagné, Jacky Israël,
La trousse d’urgence, docteur Jean Lavaud,
Inventaire à la Prévert, Valises, Adeline Clerget,
Les Vacances de bébé, Quelques pistes …(en albums, cd, dvd), Martine David, avec la contribution de collègues de la Bibliothèque de Saint-Fons (69190)
Final
Sea, Sex and Sun, Texte à thèse, Joël Clerget
Mes petits-enfants : vacances, Noëlle Nugier
Lieu d’être, Compagnie Acte, Annick Charlot, danse
Compagnie Acte
Annick Charlot
Lieu d’être
2010
Un parcours – un trajet – un enjeu d’existence
« L’appréciation de l’art met donc les gens en équilibre sur un fil, peut-être justement parce que la perfection est si proche de l’échec. »
Donald W. Winnicott
Conversations ordinaires
C’est une déambulation du temps sur les pas de l’espace, à front de mur, à corps ouverts et sol aiguisé. C’est une tendresse à vocation sociale, celle du lieu conjoint à des liens qui ne demandent qu’à s’ouvrir à des relations. Et d’un même pas, l’on peut dire et soutenir : où donc et avec qui ? Ici même, au sol, au ras d’une herbe ou d’un bosquet sur la pierre dure, ou là-bas, au mur ajouré d’une cité. Sur l’ici de là-bas, le visage de l’homme se tient au rappel d’une corde en marchant sur la façade d’un immeuble. Et ce visage s’éclaire, tête en bas, en haut, de côté, qu’importe, tête perdue cherchant éperdument le lieu de son repos et celui de la rencontre. Ici aussi, tout près de nous, une table opérant comme une scène présente la réunion des compagnons, ceux qui partagent le pain des amitiés, du voisinage et de l’habitation. Les habitants, les participants sollicités, figurent une composition, au sens pictural d’une vivante nature et musical de la partition des hôtes, portes ouvertes sur l’accueil vécu et la présence effective, fenêtres à balcons frayant la dimension du site où peut s’établir un tel Lieu d’être. En ce lieudit, se festonnent les pas heurtés de corps en quête de fraternité, dans une mise en mouvement de l’espace.
Annick Charlot et les danseurs de la Compagnie ACTE font découvrir et vivre un rythme né de la séparation des corps, néanmoins tout à leurs relations en cours, et à leur course. Nous entrons avec eux dans un trajet de pas motivant l’espace et le mobilisant. Les danseurs ne se déplacent pas seulement dans l’espace. Ils donnent rythme en se donnant à la danse. Le rythme, s’inscrivant à même le pas de cette danse n’est pas un mouvement dans l’espace, au sens où les corps se déplacent sur un sol ou sur un mur, le traversent ou le parcourent, mais un mouvement de l’espace. L’espace de cette danse nous meut et nous émeut. C’est sa force symbolique intrinsèque. Au sein de cet espace suscité, le spectateur est saisi en rythme dans le pas, non seulement dans les pas des danseurs, mais dans le pas de la danse elle-même. Nous dansons avec la danse. Cette danse-là nous jette par les deux jambes le corps en avant. Elle nous met en rapport avec ce qui se passe et se dit entre les partenaires. Cette fois-ci, avec les participants et les spectateurs associés, la danse intéresse et trace notre mouvement de sujet dans notre acte, nous donne le corps à danser. Afin de pouvoir danser, il convient que soit ménagé un espace séparé. L’expression Entrez dans la danse dit bien cette mesure où se lance et se jette un corps à son acte, qu’il s’agisse de danser, de bâtir, de chanter, de parler, etc. Une expansion se livre alors à la clarté du monde dans la matière transformée, celle des éléments du monde certes, mais aussi, par exemple, celle d’une danse à son lieu, créant poème à la faveur de ses mouvements. Se révèle ici « l’originaire verticalité humaine » (Philippe Grosos), sa flamme. Elle se donne jusqu’à ce jour de marche où s’affirme notre assise sur la terre ferme et fragile, sous le ciel d’une présence tout aussi ferme, et motrice. Il n’y a pas d’être sans lieu. La danse, par excellence, donne lieu à notre être en voie d’existence, sur les pas d’un chemin où le vivre ensemble, certes cahotant, trébuchant, se fait à même la marche, fut-elle saccadée, objet de boiteries, dans le heurt des corps au plancher de la matière rauque et rugueuse d’un sol dur et pesant, comme sur une musique donnant volumes et sons à notre en-marche. La danse existe le lieu.
L’on peut courir, à pas rompus, sur la face du monde pour révéler la figure de l’humanité, une aux multiples visages. À toute profondeur comme aimait à le dire le peintre Nicolas de Staël. De fait, comment redonner le sentiment d’appartenir à l’espace de notre commune présence, celle où l’habiter se conjugue avec le vivre ensemble ? En dansant. Il s’agit d’un lieu d’être pour exister, pour ex-sister, c’est-à-dire pour avoir sa tenue hors de soi, en soi plus avant – et y aller, oser. C’est un lieu visant à porter notre être au fil aplomb de son poids sur les murs d’un bâtiment. Un être humain faisant oiseau de son vol demeure à jamais un homme, par l’ancrage de ses pas sur le sol du langage, poussant sa voix singulière dans les branches du souffle, né qu’il est dans le champ de paroles où des enfants babillent encore dans les villes quand le ramage des oiseaux n’a pas déjà cessé. Le poète René Char écrivait en 1944 : “Trouveras-tu aujourd’hui quelqu’un à qui parler, aux côtés de qui te rafraîchir ? Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, la liberté et l’espérance, les jeux et le bonheur; il s’apprête à descendre au centre même de notre vie pour éteindre le dernier foyer, celui de la Rencontre.” Gardons vive en nous la possibilité de la rencontre.
Dans le paysage des barres d’immeubles, barres parallèles pour l’alliance des humains et non praticable du seul exercice gymnique du danseur, Annick Charlot a planté le paysvisage de l’homme en compagnie de soi-même, des autres et du monde. Elle nous invite à y être en acte, en paroles et en gestes, sans céder jamais. Depuis Resistencia jusqu’à ce jour, en passant par Résilience, nos manières d’aimer, le désir d’y être, et d’être là avec, se fait plus insistant, dans la résidence sublime du lieu natif de la parole souveraine, parce que nous sommes, de façon inaliénable, des êtres humains.
Araigne grêle sur les parois du séjour, mobile est l’image de l’homme en mouvement – et ce, dès l’aube de ses jours.
Le dos au sol, la face au vent, une poussée du dedans se porte sur le devant. Elle cherche Autre chose, et le trouve, en gloire et majesté, du moins pour ce qui concerne les séances d’un soir d’automne, à l’orée d’une nuit surfilant de son avènement un jour en sa disparition. C’est une fresque à l’incorporation des couleurs. Voix de couleur depuis les balcons. Chant de brume célébrant la traversée de la barre vaisseau. Couleurs et voix entrelacées. Une graine d’éternité sur un pavé de lune. Il y a lieu d’être là, sur la terre ferme de nos incertitudes et sur celle labourée de nos doutes, d’être là avec les pourchassés du pouvoir, les délogés perpétuels du rejet, les malmenés du refus, à côté de ceux dont la chair est concassée à même l’essor de ses premiers mouvements. L’air de la cité où se respire la fraternité d’une citoyenneté n’est d’aucune nation répertoriée. Et cet envol au mur dit le désir de s’affranchir des pesanteurs de la censure, du poids des refus, des misères de l’intolérance.
Ici, la profondeur à forme d’éclair est la joie d’un regard porté sur le monde, et d’en haut, élevant l’homme jeté dans le monde que nous sommes. Elle n’est pas un pur reflet, ni un simple miroir, mais une image, une résonance, une graphie, une façon de dire et de danser en chœur. Il y a, dans la danse d’Annick Charlot, des accents dignes du chœur antique, là, sur l’agora de la rencontre en quête de son lieu.
C’est un travail tissé entre la chair des murs sous le regard du ciel, au tableau d’un vol entre ciel et terre, dans le corps accordé de cordistes s’explorant au ras nu de la création – comme le rêve en appelle à rejoindre d’autres bords, d’autres possibles, feintant le vertige en donnant essor de geste au rapt dont il pourrait nous menacer. La peur est la source principale de nos résistances. Ce n’est pas le vertige qui nous tient et nous retient cette fois. Non, c’est une sourde émotion. Nous ne saurions la prononcer. Cependant, nous l’éprouvons. Elle se dispense en nous à la lueur d’une musique où parfois des paroles nous appellent et nous portent. Oui, il s’agit là d’une portance, d’une signifiance et d’un partage. Une partance également s’expose là, sous nos yeux, dans un silence qui se transfuse dans les pas au mur rythmés à la vitesse d’un songe et à l’empan d’une épopée. Notre sensation de base se déploie au goût des choses perdues dans la passion de l’obstacle. Au début, une simple narration de premiers pas se lance sur le parvis d’un immeuble le long du cours Lafayette. L’on pressent que l’altitude sera prise, celle d’un lieu d’être, réel, d’où pourront s’engendrer le faire et, avec ce faire dépassé, l’acte. L’acte d’une belle et profonde parole surgit ainsi des pas de l’homme au trajet de son devenir quand il va à la rencontre de l’autre et de soi-même. Et la danse le dit. Je ne rencontre pas l’autre si je ne me rencontre pas moi-même. Je ne me rencontre pas si je ne rencontre pas un autre.
Des pas d’homme tendent la main à l’Autre, sur la surface réjouie de deux immeubles se faisant face, séparés par une place publique où des proches peuvent circuler ou jouer, afin de susciter le sentiment d’exister et celui de l’appartenance. Le ballet aérien de la mise en mouvement des corps nous conduit à ce lieu d’être où se grave en nous la voix du collectif humain qui lui donne saveur et vie, existence.
Et cela demeure à jamais sauvé par la danse.
Lyon, Novembre 2010
Fête du livre à Roisey, Parc du Pilat, 42520, De l’écrit à l’image, samedi 5 et dimanche 6 juin 2010
Fête du livre à Roisey,
Parc du Pilat, 42520,
De l’écrit à l’image,
samedi 5 et dimanche 6 juin 2010
Comme chaque année, les écoles volontaires sont associées à la Fête du Livre de Roisey. Le Projet d’Ecole prend en compte ce contexte favorable et décline ainsi en termes d’objectifs sa participation.
Les livres sont au centre du projet. Les élèves devront bien les connaître car ils auront à préparer des activités autour de ces livres ou du thème retenu : questionnaires, jeux à fabriquer, expression plastique ou théâtrale, écritures…
Les écoles de Roisey - Bessey, Pélussin (et d’autres volontaires) travaillent à partir d’un fond documentaire commun (livres) avec des interventions de professionnels. Cela aboutit à une semaine de rencontres, durant laquelle les classes présentent et échangent leurs travaux ; par petits groupes, les élèves des différentes écoles participent à des ateliers organisés autour du thème annuel fédérateur. Ces travaux réalisés par les enfants sont présentés à tous lors de la manifestation des journées de la Fête du Livre.
Samedi 5 Juin :
15h, débat autour du thème de l’année « De l’écrit à l’image»,
Le soir, REPAS et JEUX autour des livres et des films…….
Dimanche 6 Juin :
Journée du livre avec la présence de nombreux AUTEURS locaux et régionaux et diverses animations.
Renseignements : Marcelle Viannet : 04 74 87 48 64
ou par mail :marcelleviannet@orange.fr
Un effacement bleu, sur un pluriel de Frantz Liszt venu au singulier de Laurence Tardieu, Rêve d’amour
Un effacement bleu
Sur un pluriel de Frantz Liszt venu au singulier de Laurence Tardieu
Rêve d’amour
« Si un jour j’aimais un homme, s’il venait à disparaître,
je sais bien que ma mémoire peu à peu nous trahirait,
qu’elle effacerait des images, des instants, des parole.
Mais moi, je n’effacerai rien. »
Laurence Tardieu, Rêve d’amour
Dans le livre de Michel Surya, Défiguration, après qu’Edouard Adler, ne voyant plus, lui eut dit : « Au moins je ne vous aurai jamais vu », le narrateur ajoute : « J’étais au moins un visage qu’il n’aurait pas à effacer ».
Effacer veut dire faire disparaître de la pensée sans laisser de trace. Effacer est le motif inverse de l’apparaître. Le terme vise à la disparition. Mais fait-on jamais disparaître ce qui est apparu, une fois au moins ? Et surtout sans laisser trace aucune. Faire disparaître ce qui est apparu, ce qui est écrit par exemple, par rature et correction, c’est au contraire souligner la présence de ce que l’on veut estomper. Faire disparaître veut dire aussi tuer, effacer quelqu’un. L’on peut s’effacer, c’est-à-dire laisser la place à un autre, pour éviter de se faire remarquer, afin précisément que soit bien marqué cet effacement lui-même, par exemple en le faisant savoir. Je m’efface, je vous laisse la première place, mais je le dis et le clame, le proclame et le réclame. Une attitude effacée peut donc faire beaucoup de bruit. L’action d’effacer, l’effacement lui-même, n’a pas pour efficace la seule suppression, car l’impression demeure, inexorablement. La censure, caviardage à la russe, supprime, mais indique et montre assurément le lieu du crime, qu’il procède par ablation ou par nappage de caviar, cet enduit noir dont étaient recouverts les articles censurés. L’effacement montre en cachant, somme toute, comme tout mensonge, grossièrement. L’effaçure souligne l’ineffaçable, l’immarcescible, l’indélébile.
Une oblitération n’est pas un effacement. Lorsque je n’y vois que du bleu, que je ne comprends rien à ce qui m’arrive, je ne suis pas toujours devant une toile d’Yves Klein.
En bleu, l’effacement.
Et nous voilà versés au souvenir, à la mémoire et à l’oubli, à ce qui, en nous, peut s’effacer ou non. Le refoulé n’est nullement effacé. Il demeure actif et de plus, actuel, non déchiré par le temps de la conscience. Toute expérience laisse une trace. Et toute trace s’avère être, puisque inscrite à jamais, ineffaçable.
Cela qui demeure dans le temps, Laurence Tardieu le conjugue parfois en bleu, comme un effacement bleu. En bleu. De bleu. Bleu couleur de ce qui reste indélébile, comme la portée d’un regard, la pureté d’un ciel, la profondeur d’une mer. Le bleu colore son œuvre, et singulièrement Rêve d’amour. Ce roman dit le rêve bleu dans lequel ne s’oublie pas le visage d’une mère décédée, la robe bleue qui permet de bouger en corps et de se lever, d’aller à la rencontre de celui qui fut l’amant de sa mère, les franges bleutées de la mémoire au fil du temps.
C’est le cahier bleu où s’écrivent des mots entraînant d’autres mots.
Ne s’efface que ce qui s’est inscrit, ce que nous avons vécu, un amour par exemple. Avons-nous besoin d’effacer toutes traces d’un amour ? Alice s’interroge : son père a-t-il effacé les traces de sa mère parce qu’elle avait aimé un autre homme ou parce qu’elle était morte ? A-t-il voulu qu’elle-même s’efface à son tour ? Car, en effaçant la mère, le savait-il, il effaçait une part de la fille. A-t-il tout effacé pour oublier et contenir une douleur ? Ne serait-ce pas aussi qu’une trop grande douleur fait office d’effaceur et recouvre d’oubli ce qui est trop cruel à se remémorer. D’un amour, nous n’effaçons rien, de notre volonté. Nous n’effacerons jamais le pour toujours qui scelle l’éternité dans l’instant. Nous en réécrirons l’histoire avec biffures, ratures, rayures et repentirs. Notre mémoire, elle, se charge d’un tel oubli, mais nous, cette disparition, nous ne la désirons pas. Cet oubliement se fait en nous, et malgré nous. Nous aimons parcourir à nouveau les traces, car « seules les traces font rêver », comme le dit René Char.
De quel visage l’autre en nous demeure-t-il dans le mouvement bleu de la rencontre, dans la mémoire bleue d’une mer que rien ne semble pouvoir altérer ? Nous revoyons, en rêve ou en ressouvenir, des images parfois régénérées par une photo retrouvée, soigneusement gardée dans un tiroir où l’on est sûr de savoir la retrouver, pour que le sourire, la pose, et surtout le visage aimé, ne se perdent pas sous les bleus d’une âme endolorie. Car les souvenirs, si les traces internes restent, bleuissent, se brouillent, s’effacent et s’oublient. Nous gardons des images pour sauvegarder une image, et avec elle, le réel de ce qui fut vécu, la distance irrésolue des temps et des lieux du passé. Dans Rêve d’amour, Alice retrouve sa mère Blandine, sa maman, dans les paroles. Elle a aimé Emmanuel Basini durant la dernière année de sa vie. Le nom de ce peintre, son père le lui confie sur son lit de mort en disant : ta mère a aimé cet homme. Dans la rencontre d’Alice avec Emmanuel, « Le mouvement bleu, incertain, fantasmagorique, s’était transformé en une réalité : un corps, des gestes, des paroles, aujourd’hui disparus, mais qui, de manière certaine, avaient existé. Ma mère n’était pas un rêve. » La narratrice rejoint sa mère dans la rencontre de celui qu’elle a aimé et qui l’a aimée. « Dites-moi comment vous vous êtes aimés ? » Et dans cette mémoire où sa mère prend visage de paroles, le mouvement bleu devient une femme.
L’effacement bleu, c’est la mémoire de l’oubli revisitée par le souvenir et le rêve. C’est la trace à jamais imprimée de ce qui ne s’effacera qu’à garder trace vive au cœur de l’âme, par delà tout défaut de mémoire. C’est le cerne bleu qui dit : ce le fut, et se garde au présent. C’est le mot sur le bout de la langue qui ne veut plus sortir et laisse un goût de sillage bleu fendant les lèvres de son absence. Il n’est pas oublié. Il n’est pas effacé. Il n’est simplement pas disponible. Il dit à rebours le bleu du ciel de notre attente. Il s’efforce de ne pas revenir, non pour consacrer un effacement, mais pour souligner une présence rétive à se donner, bleu de la vie entière.
Le visage et la pensée de l’autre s’érodent et s’estompent, mais nous n’oublions pas ce qui fut, avec lui ou avec elle, lorsque s’enfuit de nous la date exacte où cela fut. Quand la mémoire nous trahit, il convient de ne pas profaner le souvenir. La peur bleue d’oublier se dissout dans une mémoire impassible, et bleuie.
C’est le bleu de l’écriture en quête d’image, de souvenir et de rêve.
C’est la touche bleue des mots dans la phrase océane, le bleu vaste d’une toile emportée, le bleu radieux du temps.
« Pourquoi, pour moi,
l’amour a-t-il toujours été lié à la disparition,
à l’effacement ? »
Un temps fou
Un temps fou revient au même bleuissement d’heures séparées, virant aux sombres d’affres intemporelles tout autant que réelles. Je revois cet instant… Puis, votre sourire s’est effacé. La violence à trembler n’est pas faite du froid du temps qu’il fait, mais de l’oublieuse trame du temps, non pas de celui qui passe, et que nous aimons à regarder passer, nous passant avec lui, mais celui de cet espace où il s’agit de « l’effacement des sentiments et des émotions. Comme s’ils n’avaient pas existé. » Est-ce cela le terrible du poète ? Je ne puis me résoudre au passe-mémoire qui me ferait oublier sentiments et émotions dans leur remaniement au fil du temps. S’il y va de leur effacement et de leur transformation, se pourrait-il qu’un amour vînt jamais à mourir ? Quelque chose en demeure pourtant à vie, inoubliable et sans nom, car unique, inaltérable, cela : aimer. Le territoire d’un amour est-il à même de s’effacer de la carte du temps ? Comment une femme, sans s’effacer elle-même – j’ai laissé la place, dit l’une d’elles -, peut-elle supporter, non pas de partager la cause commune, mais d’être unique au milieu d’autres. Elle n’est pas alors une dans une série de conquêtes, tel qu’en Don Juan, mais la seule, quand d’autres continuent d’exister. La seule, l’unique à l’intangible différence, à l’altérité inaltérée de celle qui restera pour toujours incomparable, et distinguée, mon amour. Mais il convient de compter avec les souffrances de la jalousie et la certitude inébranlable d’une trahison. Ne pas demeurer dans la noirceur glauque de l’éviction, c’est consentir à jouir, encore et encore, de la bonté bleue d’un ciel exalté par les bleutés d’une mer intranquille, et d’azur. Assurément.
Une aussi longue étreinte avec le théâtre, Groupe Signes, jeudi 8 avril 2010
Claude Chalaguier présente
Une aussi longue étreinte avec le théâtre
LE GROUPE SIGNES : écrits croisés
L’Harmattan, 2010, Le Croquant, Collection, une vie une oeuvre
Signature au Fort de Vaise, Lyon,
le 8 avril 2010 à partir de 17 H.
A 19 heures :
- Lecture de quelques extraits par les acteurs.
- Présentation du film d’Eric Ferrier et Sandrine Sabot-Angaribo : Les Ogres.
- Buffet, échanges, signatures.
Avec le chaleureux accueil des Amis de la Fondation Renaud
Lieu : Le Fort de Vaise, 25-27 Bd Antoine de Saint-Exupéry, 69009 Lyon
Contact : 04 78 23 62 12
Ma contribution s’intitule : L’en gage de Signes
Elle débute ainsi :
« Nous sommes ces petits signes qui s’écrivent
aux commissures de nos songes. »
Sylvie Brès
« Un signe, tels nous sommes, et de sens nul,
morts à toute souffrance,
et nous avons presque perdu la parole en pays étranger. »
Hölderlin, Mnémosyne
Mon premier contact avec le travail de Claude Chalaguier et sa mise en oeuvre
au sein du groupe Signes fut ma rencontre avec le film L’enfant rêvé (1989). Sous le
chant tranquille d’une cigale-lune au pays de René Char, le visage de Kamel, enfant
polyhandicapé, hante l’esprit de Pascal. Les deux enfants se heurtent en leur
rencontre. Dans la fraîcheur de l’eau d’une piscine ou le flux de la Sorgue, la barque
du temps emporte sur son cours la destinée singulière de chacun. La joie d’être avec
s’y accueille et s’y donne dans l’expression vivace de peu de mots, mais avec la
force vive de l’image et de l’évocation : qu’il s’agisse d’un poisson rouge dans l’eau
d’un tiroir ou d’un lézard retourné mort. Les possibles se déploient dans la percée de
la voix sous le visage du souffle. La venue des paroles naît de la portance des eaux,
« comme un poisson jeté sur une terre aride ». La genèse de la voix humaine
s’entend ici, vibrant dans les bruits du monde, les rumeurs et les sons de la vie.
De Romain terre fragile à Sourire vide en temps de guerre, une même
démarche préside à la fortune de ce théâtre, conduit l’aventure du groupe Signes sur
la scène. Il ne s’agit pas seulement des spectacles présentés dans différentes salles
au fil du temps. Il y va de la dimension de la représentation dans la cité, la troupe
accueillant en elle une redéfinition des normes et des bornes, des limites et des
marges.
L’art d’inventer l’existence dans les pratiques médico-sociales
L’art d’inventer l’existence
dans les pratiques médico-sociales,
sous la direction de Stéphane Pawloff
aux éditions érès, 2010 collection Reliance, 23 €
Là où les sciences trouvent leurs limites, l’art nous offre une
orientation, une aventure. Le voyage au coeur des pratiques
médico-sociales proposé ici montre que l’existence humaine
relève d’abord d’un art de l’invention marquant le quotidien de
mille manières. D’un art ouvert à tous : aux professionnels du
médico-social certes, mais peut-être d’abord aux personnes
en situation de handicap ou en difficultés, à leurs parents et à
leur fratrie… D’un art qui s’exerce souvent sans se savoir et qui
pourtant a ses conditions et ses raisons.
Une vingtaine d’auteurs issus de multiples horizons se sont
ainsi risqués à écrire ce que l’art d’inventer l’existence avec les
personnes en situation de handicap veut dire pour eux, en mots,
en images et en actes. Poursuivant la voie ouverte d’une anthropologie
du très proche, ils explorent les dessous voilés et les
architectures discrètes des pratiques médico-sociales.Après des études en sciences politiques et en ethnologie complétées par la découverte de
la psychanalyse, une formation d’éducateur spécialisé a amené Stéphane Pawloff à situer
son action et sa réflexion au coeur des pratiques médico-sociales. Il est maintenant formateur
(RP-ARFRIPS Lyon) et analyste de la pratique dans le champ médico-social et de l’éducation
spécialisée.
Avec la participation de : Nada Abillama-Masson, Rosario Isabel Arcos-Gomez, Messaoud
Bellabas, Vincent Bompard, Brigitte Bouquet, Claude et Maxence Chapoutier, Joël Clerget,
Agnès Colin, François-Xavier Fénérol, François Georges, Dominique Goubert, Jocelyne
Huguet-Manoukian, Jean-Pierre Klein, Maguy Marin, Nicolette et Marcus Ouri, Ismaël
Pordeus Jr., Joseph Rouzel, Olivier Saint Pierre, Marie-Luce Simonin, Pierre A. Vidal-Naquet.
Ma contribution s’intitule :
Une œuvre ouverte à son dire
Aphoristique
En voici le début :
« Pour faire de chaque moment donné un présent
il faut faire acte de présence…
au sens rigoureux de l’acte d’exister. »
Henri Maldiney
Inventer l’existence ne serait-ce pas découvrir ce qui se tient hors de soi, ex-sistant, et cependant se donne en soi, sur l’Autre scène, à l’extasiante agonie du langage. Mais une question se lève : qu’en est-il de la source de l’écriture ? d’où vient-elle ? En quel style trouve-t-elle le griffon de son inspiration ? Cette source qui fleurit en moi n’est pas moi, elle est Autre. Elle est faite de l’encre multicolore et insue de cet Autre.
Contact : http//www. e d i t i o n s - e r e s . c om